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Pas de «bonbons» pour Amazon à Lachine

Le géant américain n’a reçu aucune subvention pour s’implanter ici, assure Montréal International

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Photo AFP

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Amazon n’a eu «aucun bonbon» pour établir son premier centre d’expédition québécois de 38 M$ à Lachine, jure la mairesse de l’arrondissement, qui espère faire du géant américain un meilleur citoyen corporatif.  

«On n’a donné aucun bonbon. D’ailleurs, on leur demande de faire une aire d’agrément pour les employés», a déclaré au Journal Maja Vodanovic, mairesse de l’arrondissement de Lachine. 

« On peut peut-être
transformer avec eux
certaines choses qui
sont plus ou 
moins acceptables »
Photo Courtoisie, projet montréal
« On peut peut-être transformer avec eux certaines choses qui sont plus ou moins acceptables »

«J’ai vérifié. Il n’y a pas eu de subventions ou de prêts sans intérêts. Il n’y a rien», a aussi assuré le v.-p. Investissements étrangers et Organisations internationales de Montréal International, Stéphane Paquette.  

Vendredi, Amazon s’est contenté d’un communiqué pour annoncer la construction de son centre qui devrait créer 300 emplois dans l’arrondissement Lachine, à Montréal.  

Selon les informations obtenues par Le Journal, l’immeuble a une valeur foncière de 18,1 M$, et le terrain situé près de l’aéroport Montréal-Trudeau appartient à Broccolini et à Groupe Investors.  

Centre névralgique  

Pour le géant américain, ce type de centre est stratégique. Il bouillonne d’employés qui font la cueillette, l’emballage et l’expédition d’articles envoyés aux clients d’Amazon. Plus de 6000 personnes travaillent dans plusieurs de ces centres à travers le pays.  

Pour la mairesse, l’arrivée de ce joueur est une excellente nouvelle, même si elle prévoit déjà discuter avec la société pour la pousser à devenir un meilleur citoyen corporatif.  

«On peut peut-être transformer avec eux certaines choses qui sont plus ou moins acceptables pour la communauté», a partagé la mairesse d’arrondissement.  

 Par exemple, Maja Vodanovic veut qu’Amazon participe aux efforts de recyclage au même titre que les autres compagnies du coin.  

«Il y a des choses qui sont inéquitables. Si tous les commerçants chez nous, comme Metro, Provigo et Canadian Tire, doivent payer des frais pour notre système de recyclage, c’est sûr que ce qui est acheté en ligne devrait aussi participer à ça», a-t-elle dit. 

Pas contre  

Pour sa part, le président de la Maison Simons, Peter Simons, ne s’est pas dit contre le projet d’Amazon au Québec, mais il a réclamé de nouveau l’équité fiscale.  

«La compétition, c’est bien, mais il faut avoir une équité. Je ne demande pas à ces entreprises de payer plus de taxes, je demande simplement l’équité. [...] Je n’accuse personne d’évasion fiscale, mais d’évitement fiscal», a-t-il insisté.  

Peter Simons a rappelé qu’Amazon «ne fait pas une faveur» en ouvrant un centre ici. «C’est une décision d’affaires logique. Nous sommes rendus à un point où, lorsqu’il arrive à un endroit, il pense qu’ils font une faveur à tout le monde», a-t-il déploré.  

Comme Amazon, la Maison Simons construit actuellement un nouveau centre de distribution. Le projet de 125 M$ situé à Québec devrait lancer ses activités en février prochain.  

Joint par Le Journal, Amazon n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue. Ni la compagnie ni son cabinet de relations publiques National n’a voulu répondre à nos questions.  

 - Avec la collaboration de Philippe Langlois  

 

«Des conditions de travail médiévales», selon la CSN  

Un important syndicat québécois qui s’inquiète de voir débarquer le géant américain Amazon ici va jusqu’à qualifier les conditions de travail de la société de «médiévales». 

David Bergeron Cyr, 
vice-président, Fédération
 du commerce (CSN).
Capture écran, youtube
David Bergeron Cyr, vice-président, Fédération du commerce (CSN).

«C’est inquiétant parce que ce sont des conditions de travail médiévales. C’est aussi pire que Walmart quant au respect des droits des travailleurs», s’inquiète le président de la Fédération du commerce, David Bergeron-Cyr.  

Conditions de travail «brutales», semaines de 60 heures, ambulances fréquentes... une enquête de Business Insider qui a levé le voile sur certains centres d’Amazon aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe a fait scandale en février dernier, ce qui n’a rien de rassurant, selon lui.  

Cadences insoutenables  

Pour David Bergeron-Cyr, qui représente 30 000 travailleurs au Québec, dont 3000 dans des entrepôts, comme ceux de Jean Coutu, Metro et Collabor, l’arrivée d’Amazon dans le décor n’augure rien de bon pour les travailleurs d’entrepôts québécois.  

«S’ils reprennent leur même modèle qu’ils ont ailleurs dans le monde, ce sont des cadences de travail insoutenables avec des salaires qui sont anormalement bas», a souligné celui qui a lui-même travaillé dans des entrepôts une dizaine d’années.  

Campagne de peur  

M. Bergeron-Cyr soutient que les travailleurs d’usine québécois gagnent facilement plus de 20 $ l’heure, alors que les conditions sont loin d’être les mêmes au sein des entrepôts du géant américain.  

«Aussitôt qu’il y a une rumeur ou un employé qui ose prononcer le mot syndicat, il y a une campagne de peur qui se déclenche», a-t-il déploré, en rappelant que son organisation sera là quand viendra le temps d’aider les travailleurs à faire respecter leurs droits face à l’entreprise la plus puissante au monde.