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Une revue qui a su accompagner notre histoire

WE 1109 LANCTOT Lucia Ferretti
L’Action nationale/Le long combat
Photo courtoisie L’Action nationale
Le long combat pour le Québec

Lucia Ferretti
Éditions Del Busso

Coup d'oeil sur cet article

Dans les milieux indépendantistes québécois, qui peut se vanter de connaître L’Action nationale, cette revue centenaire qui a pris parti, il y a une cinquantaine d’années, pour la nation québécoise et la création d’un État souverain ?

Je veux dire, qui la lit régulièrement depuis 1967, année qui marque un tournant en faveur d’un Québec souverain ? Parce qu’il est vrai qu’elle fut longtemps associée au courant de droite du nationalisme québécois et que cette image peut encore lui coller à la peau, surtout dans certains cercles qui ont la dégaine rapide pour discréditer le mouvement indépendantiste en l’accusant de racisme.

L’historienne Lucia Ferretti, la fille de la militante bien connue Andrée Ferretti, se propose donc de nous faire découvrir ou redécouvrir cette revue militante qui a survécu à tous les raz-de-marée idéologiques qui ont traversé nos cinquante dernières années, en sachant toujours s’adapter aux idées nouvelles, sans perdre de vue sa mission culturelle de représenter le Québec et les Québécois dans ce qu’ils ont de différent et comment ils voient le monde autour d’eux.

Période effervescente

La fin des années soixante et le début des années soixante-dix marquent une période effervescente dans le débat des idées au Québec. Plusieurs revues, de droite comme de gauche, sont mortes, dont Parti pris puis Cité libre, l’une indépendantiste tendance marxiste et l’autre férocement antinationaliste. D’autres naissent, comme Liberté, Maintenant, Québécoises deboutte !, Mainmise. L’Action nationale, elle, demeure et s’adapte, en faisant une place aux débats sur le colonialisme et l’indépendance, mis de l’avant par la défunte équipe de Parti pris. Paraissant dix fois l’an, L’Action nationale « n’est la revue ni d’une chapelle, ni d’une génération, ni d’un parti », comme le souligne Ferretti. D’ailleurs, des anciens de Parti pris, ou proches de cette revue, comme André Major et Jean Marcel, y dirigeront la section culturelle et on peut y apprécier, à l’occasion, des signatures de personnages en voie de devenir célèbres, comme Jacques Parizeau, François Aquin, Claude Morin ou Jean-Claude Germain, aux côtés de celles de l’abbé Jules-Bernard Gingras et du jésuite Richard Arès. Ces opinions diverses contrebalancent un tant soit peu l’omniprésence intellectuelle (nationalisme traditionaliste) d’un François-Albert Angers, fondateur de l’Institut d’économie appliquée de l’École des HEC et véritable cheville ouvrière de la revue avec Rosaire Morin.

Crise d’octobre

Fait à signaler : en octobre 1970, sous le titre « L’Octobre tragique », la revue impute la mort de Pierre Laporte « et toute la Crise d’octobre à Pierre Elliott Trudeau avant tout », en raison de son arrogance envers les modérés, repoussant tout dialogue avec les Québécois inquiets « du rouleau compresseur de la centralisation fédérale ». La revue appelle même les Québécois à rejeter la peur, alors que bon nombre d’organisations sont tétanisées par la peur. « Le peuple tout entier doit entrer dans la marche pour sa libération définitive, pour son avènement à la souveraineté. »

Si L’Action nationale a été de tous les combats pour la langue française et contre le projet de bilinguisation du Québec si cher à Pierre Elliott Trudeau, il n’en sera pas de même pour la réforme de l’éducation. Angers, Groulx et Arès affirment que la Révolution tranquille, ce « rongeur de racines », veut « façonner une nouvelle nation asséchée du catholicisme qui l’a gardée en vie. » On l’aura compris, elle lutte « pour que soit conservée la confessionnalité des structures scolaires ». La nation doit demeurer catholique ou elle ne sera plus.

Mais la revue ne pourra s’opposer bien longtemps à la modernité et elle acceptera de se défaire du nationalisme traditionnel pour demeurer dans le peloton de l’avant-garde intellectuelle. Ferretti passe en revue tous les combats du Québec moderne auxquels a été associée de près L’Action nationale. L’arrivée de Robert Laplante, ce « visionnaire à la plume véhémente et acide », à la direction de la revue, en mai 1999, y est très certainement pour quelque chose. Il s’affairera à redéfinir l’idée d’indépendance. « Il faut dire la vérité aux Québécois, clame-t-il. S’ils ne sortent pas du Canada, le Canada les dépouillera d’eux-mêmes. »

Une histoire emballante et encourageante à lire pour ceux qui comme moi ont le « caquet bas ». C’est fait, je m’abonne.

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