/opinion/blogs/columnists
Navigation

Collision en vue

Collision en vue
Photo d'archives, Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

À quoi sert le nationalisme si ce n’est qu’une enseigne de vitrine avec des tablettes en magasin presque vides! Le dossier de l’immigration a révélé l’amateurisme du gouvernement Legault, mais au bout de la lune de miel force est de constater que leurs ébats demeurent plutôt platoniques!

Jusqu’à la semaine dernière, les caquistes profitaient d’une sympathie hors de l’ordinaire qui trouvait probablement sa source dans le choc post-traumatique des Québécois après les années Couillard et dans une économie florissante. À l’abri des critiques pendant plus d’un an, ils ont avancé sans trop rendre de comptes. Cependant, les récentes pérégrinations sur le dossier de l’immigration ont révélé leur manque de profondeur et ont précipité un regard neuf sur leurs réalisations des derniers mois. 

Le recul du premier ministre sur le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) a été fulgurant. La gaffe du ministre Jolin-Barrette l’a mis dans l’embarras au point de devoir le désavouer publiquement. Ce n’est pas la première incartade du ministre qui s’était vu imposer un recul par la Cour sur son intention de passer à la trappe 18 000 demandes d’immigration en attente. 

S’il est vrai que Jolin-Barrette paraît bien mal dans cette aventure, il ne devrait toutefois pas en être le seul à payer le prix. Il était prévisible que la baisse des seuils d’immigration trouverait une forte opposition chez les gens d’affaire qui sont une clientèle privilégiée de la CAQ et susciterait également l’indignation d’une bonne frange de la population. Plus troublant, on ne retrouve aucun fondement rationnel sur l’établissement du seuil à 38 000, la rumeur laisse même entendre que la décision s’est prise sur un coin de table dans la foulée d’une suggestion de l’épouse du premier ministre.

Tel un Gaston Lagaffe, le ministre accumule aussi les bourdes sur le dossier linguistique. Après avoir dû faire un pas en arrière dans son intention de légiférer sur le « bonjour-hi », il tente de rebondir en réaffirmant que les services gouvernementaux se donneront en français, sauf pour la minorité historique anglophone. J’essaie d’imaginer comment le fonctionnaire pourra déterminer l’appartenance historique à cette minorité et comment l’immigrant se brûlera les doigts en pesant sur le « Press one » pour avoir le service en anglais au téléphone. Ce n’est pas un ministre à solutions, au contraire il est de plus en plus un ministre à problèmes.

Le renforcement du caractère français passe par des mesures plus rigoureuses qui auront un véritable impact sur l’attraction et l’usage de notre langue. Légiférer sur les milieux de travail où l’obligation de bilinguisme serait soumise à des contraintes qui la rendrait exceptionnelle, le financement des études supérieures à hauteur de cette minorité historique, l’obligation pour les entreprises de franciser leurs logiciels et manuels d’instruction en milieu de travail sont quelques-unes de ces mesures vigoureuses qui pourraient être développées. Ressusciter tous les articles de la loi 101 qui furent charcutés par la Cour suprême serait le summum d’un nationalisme affirmé mais nous en sommes très loin.

Certains se consolent avec la loi adoptée sur la laïcité de l’État en espérant que les tribunaux ne la tritureront pas. Néanmoins, le gouvernement est loin d’en être assuré si on examine les recours intentés par certains groupes et l’avis de constitutionnalistes sur la question. Il y a fort à parier que nous aurons droit encore à un pas de côté par ce gouvernement qui prétend à plus d’autonomie sans jamais prendre les moyens pour l’exercer.

Après s’est montré outré du triste évènement de Granby où une petite fille violentée a trouvé la mort, le gouvernement caquiste n’a eu aucun souci dans sa mise-à-jour budgétaire pour renforcer sa capacité d’intervention en matière de protection des enfants et de lutte contre la pauvreté. Monsieur Legault a soigné les apparences en constituant une Commission qui trainera en longueur les problèmes et les préjugés avec tous les risques que d’autres situations malheureuses échappent à la vigilance de ressources déjà trop surchargées.

L’improvisation se poursuit en éducation où la sourde oreille est la réponse aux avis contraires. Le cafouillis des maternelles 4 ans laissera encore longtemps un goût amer. Quant au projet de loi idéologique 40, le constitutionnaliste, Daniel Turp, l’analyse comme discriminatoire pour les francophones et considère qu’il ne passera pas le test des tribunaux. Encore un projet mal ficelé qui ne répond à aucun des impératifs de l’éducation, quoiqu’en dise François Cardinal dans la Presse. Ce dernier voudrait libérer les écoles des commissions scolaires sous prétexte d’en finir avec les ordres d’en haut. Il n’a malheureusement pas compris que ces commissions scolaires sont souvent le rempart contre la technocratie du ministère de l’Éducation. Le projet de loi 40 accroîtra cette technocratie et mettra les écoles à sa merci.

Nous ne sommes malheureusement pas au bout de nos peines alors que les provinces anglophones constituent un front de plus en plus uni contre le Québec. Notre nationalisme culturelle et économique passe à la moulinette dans leur déclaration et nous sommes loin d’être à l’abri d’un éventuel oléoduc qui traversera notre territoire. L’affrontement est prévisible, mais je crains que notre gouvernement en culotte courte, pour paraphraser le collègue Dumont, ne puisse faire efficacement face à « l’anglosphère » canadienne.

Mon père disait qu’il n’y a pas de hasard dans la vie et que rien n’arrive pour rien. Peut-être que la refondation du Parti québécois s’avère une préparation pour prendre la relève quand le nationalisme caquiste sera épuisé!