/opinion/blogs/columnists
Navigation

Pour en finir avec le coton ouaté de la députée

OK boomer, Catherine Dorion ne se sert pas de son linge pour détourner l’attention des vrais enjeux.

Coup d'oeil sur cet article

Comme beaucoup de gens, j’avais hâte de voir l’entrevue de Catherine Dorion à Tout le monde en parle, dimanche. Comme beaucoup de gens, j’avais peur que ça vire en freak show. Mais la députée de Taschereau s’en est plutôt bien tiré, et j’ai trouvé cela réjouissant à plusieurs égards. Tout d’abord parce que, n’en déplaise à certains gérants d’estrade, ce qu’on appelle désormais le «coton ouaté gate nous amène à approfondir le débat sur les codes vestimentaires imposés dans certains milieux de travail.   

OK boomer, Catherine Dorion ne se sert pas de son linge pour détourner l’attention des vrais enjeux comme l’immigration ou les maternelles 4 ans. Au contraire. Avec ses Doc Martens, son costume d’Halloween et sa tuque vissée sur la tête, la plus controversée des élus à l’Assemblée nationale nous amène à réfléchir sur notre fâcheuse tendance à mettre les gens dans des cases.       

Je ne veux pas m’attarder ici à cette façon dont on s’en prend à l’habillement de Catherine Dorion ou autres Safia Nolin de ce monde. On commente allègrement la tenue des femmes dans l’espace public depuis toujours. Vous en parlerez à Pauline Marois et ses petits foulards.       

Avez-vous déjà pensé que si ça prend un tailleur ou une jupe pour trouver un avocat ou un notaire crédible et professionnel, il y a peut-être un petit problème? Ce qui rend les gens crédibles dans leurs fonctions, ce n’est pas leur tenue, ce sont les diplômes et l’expérience qui leur permettent d’exercer leurs fonctions.      

Catherine Dorion n’est pas arrivée au Salon bleu en costume de bain ou en pyjama. Elle portait un chandail en coton ouaté. Rien pour écrire à sa mère et occuper tout l’espace médiatique depuis le 31 octobre.       

Qui plus est, comme l’a souligné madame Dorion dimanche, les gens au Parti libéral du Québec étaient tous très bien habillés. Pourtant, ils ont brisé tous les codes et transgressé plusieurs lois. L'expression bandit à cravate n’existe pas pour rien. L’habit ne fait pas le moine, comme disait l’autre.      

Je peux comprendre que, dans le cadre de certaines fonctions, le port d’un uniforme ou d’un costume est important. Je pense aux policiers, aux militaires ou aux juges, par exemple. Leurs vêtements de travail servent à marquer une distance avec les civils. Mais en même temps, à l’heure où la population est plus cynique que jamais par rapport aux politiciens, peut-être que c’est ça qu’on veut, finalement, des hommes et des femmes politiques qui nous ressemblent davantage? Je pose la question.       

Une madame sur les médias sociaux a dit que les gens qui approuvaient la tenue de Dorion encourageaient les gens «hors normes». Évidemment, les gens hors normes sont vus ici comme une chose très négative qu’il vaut mieux éradiquer.       

Sans le savoir, cette madame a mis le doigt sur l’un de nos bobos collectifs. Parce que c’est ça, au fond, le vrai problème. Catherine Dorion détonne. Catherine Dorion est hors normes. Catherine Dorion dérange, car elle ne se plie pas aux codes de l’establishment. Après, on peut être d’accord avec ces codes-là ou non. Mais elle a le droit de les remettre en question. N’est-ce pas à cela que ça sert, une démocratie?      

Au Québec, il faut rentrer dans les rangs, être dans le troupeau. Il ne faut pas crier trop fort. Il ne faut pas déranger. Mais on ne change pas un système en s’inclinant docilement et en suivant la parade. Et c’est précisément ce qu’a promis la députée de Taschereau aux citoyens: faire de la politique à hauteur d’humain, changer les choses, faire entrer le peuple dans la cour des rois.