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Une fenêtre qui s'ouvre

Avec l'élection partielle dans Jean-Talon, la perspective d'un remaniement ministériel se pointe le bout du nez.

Une fenêtre qui s'ouvre
Simon Clark

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Simon Jolin-Barrette en a beaucoup, et ça commence à faire l’unanimité même dans ses propres rangs. L’arrivée probable de Joëlle Boutin comme députée de Jean-Talon donne le prétexte idéal à François Legault pour alléger la tâche de son ministre.  

Lors de l’accession de la CAQ au pouvoir, Simon Jolin-Barrette a reçu les rôles de leader parlementaire, de ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, ainsi que ministre responsable de la laïcité. C’était déjà un gros contrat. En septembre 2019, il s’est fait confier les dossiers de la langue française et de la réforme parlementaire.

Parmi cette impressionnante liste de responsabilités, c’est celle de l’immigration qui lui aura donné le plus de fil à retordre. 

Et après un an au pouvoir, il devient moins acceptable d’avoir des dissonances aussi graves que celle de la semaine passée. D’abord un recul sur le droit acquis. Alors qu’un journaliste leur a demandé comment cette décision s’était prise, le ministre a indiqué qu’il avait pris cette décision seul. Le premier ministre a quant à lui répondu que cette décision était commune. Oups.

Puis, vendredi soir, on assiste à un recul complet sur la réforme du PEQ. Jolin-Barrette a perdu des plumes. Et l’image de robot froid risque fort de coller... Comment faire pour redorer son blason? Lui confier un dossier qui le rendrait plus humain? En 2014, Jean-François Lisée avait choisi les services sociaux dans le cabinet fantôme péquiste. Cela lui avait permis de sortir de son image d’intellectuel froid, snob et distant. 

Jolin-Barrette en mène large, et cela peut créer des frustrations chez ses collègues. Lorsque tout allait bien, cela pouvait tenir, mais avec les événements de la semaine dernière, on commence à entendre les critiques. 

Il en a trop. 

Mini remaniement en vue?

Joëlle Boutin a le calibre nécessaire pour aspirer à une nomination comme ministre. De plus, je n’aime pas l’écrire -mais soyons francs- c’est une femme, ce qui augmente ses chances d’accéder à un poste de responsabilité. Ce qui s’est passé avec Jolin-Barrette vient peut-être d’augmenter encore plus ses chances de passer au bureau du lieutenant-gouverneur. Cela ne veut pas dire qu'elle hériterait d'un des dossiers de Jolin-Barrette, mais les cartes pourraient être rebrassées. 

Ce n’est cependant pas automatique. Rappelez-vous de Véronyque Tremblay, candidate vedette libérale lors de la partielle dans Chauveau, en 2015. Tremblay avait fait d’une pierre deux coups en battant nettement Jocelyne Cazin et en raflant du même coup une circonscription occupée depuis des années par le charismatique Gérard Deltell. Elle a, malgré cela, dû attendre plus de deux ans avant d’accéder au conseil des ministres. 

Depuis l’accession au pouvoir de la CAQ, il y a déjà eu deux ajustements dans le conseil des ministres. Le premier visait à dégommer MarieChantal Chassé, pour la remplacer par Benoit Charette à l’environnement. Le deuxième a allégé la tâche de Nathalie Roy, qui perdait le dossier de la langue au profit de Simon Jolin-Barrette. 

Un gouvernement ne veut pas faire trop de remaniements. Cela peut donner une image d’instabilité, et des ministres qui perdent du galon ne sont jamais des éléments très positifs dans une équipe.  

Quand la fenêtre s’ouvre, c’est un moment d’espoir pour certains, mais un risque pour d’autres... 

Outre Jolin-Barrette et Boutin, qu’adviendra-t-il de Lionel Carmant? Sa performance fut correcte lorsqu’il a eu à défendre l’irrationnel projet de loi rendant illégal l’usage de cannabis chez les 18 à 21 ans. Il a répété «C’est légal, mais ce n’est pas banal» à qui mieux-mieux. Cela n’a convaincu personne... Mais ce n’est pas vraiment sa faute, ni celle de ses capacités de communications, si ce projet de loi allait contre toute logique scientifique et versait dans le wishful thinking populiste. C’était ce que la CAQ avait promis. Il l’a livré. Je ne pense pas que Carmant mérite de perdre sa place pour ça.

Il sera intéressant d’observer quelle stratégie le premier ministre adoptera en cette fin d’année 2019.