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Canada anglais: le «péril jaune» toujours d’actualité

Educational technology and teenage concepts. Group of students sit on the staircase to find information about studying on a laptop computer in campus.
Photo stock.adobe.com (Sumala)

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Dans une chronique récente, Richard Martineau rapportait la campagne haineuse menée actuellement dans les médias du ROC, dont le Globe and Mail et le National Post, contre le Québec au sujet de la loi 21 présentée comme une autre manifestation de l’intolérance raciale des Québécois. Les donneurs de leçons de Toronto devraient regarder ce qui se passe de leur côté de la rivière des Outaouais. Si vous cherchez des manifestations de racisme au Canada anglais, je vous rappelle le «malaise» qu’y suscite l’importante représentation d’étudiants d’origine asiatique dans ses universités.   

En 2018, plus de 77 000 étudiants chinois étaient inscrits dans des institutions d’enseignement canadiennes. Statistique Canada signale une augmentation de 40% du nombre d'étudiants internationaux au Canada entre 2013 et 2017, mais une augmentation de 54% du nombre d'étudiants chinois au cours de la même période.  

Ça angoisse le ROC. Je vous raconte comment tout ça a commencé. La vieille hantise raciste du «péril jaune» au Canada anglais a été relancée par la publication en 2010 d’un article du magazine Maclean’s qui posait ouvertement la question : les universités canadiennes sont-elles en train de devenir trop asiatiques?   

Car voilà que les étudiants est-asiatiques, à la fois brillants et studieux, dominent les palmarès universitaires canadiens. Et cela agace considérablement ceux qu’on appelait jadis les Wasps (white anglo-saxon protestant).  

Le nombre croissant d’étudiants d’origine asiatique sur les campus universitaires canadians crée du ressentiment chez certains étudiants «blancs» et la composition démographique de la population étudiante inquiéterait aussi des administrateurs universitaires. Les étudiants chinois représentent près des deux tiers des étudiants internationaux de l’Université de Toronto et plus du tiers de ceux de l’Université de la Colombie-Britannique. Maclean’s affirme que dans cette université, les étudiants «blancs» auraient du mal à concurrencer Chinois, Japonais et Coréens et que des parents «blancs» s’offusquent que des étrangers surclassent leurs fils et leurs filles.  

L’article rapporte les propos d’étudiants «blancs» qui se plaignent que leurs camarades de classe chinois ne se mélangent pas aux autres. C’était le reproche qu’on faisait jadis aux étudiants juifs à l’époque où un numerus clausus limitait leur nombre à McGill et dans d’autres institutions anglophones canadiennes. Ce ne fut jamais le cas à l’Université de Montréal.   

Maclean’s citait deux étudiantes d’un collège privé huppé de Toronto qui n’avaient pas l’intention de s’inscrire à l’Université de Toronto parce qu’il y avait trop de Chinois : «Tous les enfants blancs, confiaient-elles à Maclean’s, veulent aller à Queen's, à Western Ontario et à McGill», des institutions considérées comme plus «blanches» que l’Université de Toronto.  

Incroyable, non? Pour éviter d’être dans une université trop «asiatique», des étudiantes ontariennes anglophones auraient mieux aimé venir étudier à Montréal. Les étudiants chinois constituent maintenant près du quart des étudiants étrangers à l’Université McGill.   

L'article de Maclean’s a été dénoncé comme raciste et stéréotypé par des organisations sino-canadiennes qui ont exigé des excuses. Maclean's a refusé d’en faire. Le magazine a cependant cru nécessaire de déclarer qu'il ne préconisait pas la race comme critère d'admission à l'université. Ouf, on est soulagé!  

La journaliste Barbara Kay du National Post, connue pour son «Québec bashing», s’est portée à la défense de Maclean’s en affirmant qu’il avait lancé un débat que le Canada anglais devait avoir et que le magazine méritait des excuses plutôt que les étudiants asiatiques.  

Je vois les vociférations et les imprécations que les chroniqueurs et les éditorialistes du ROC auraient lancées en chœur contre le Québec, si un média de Montréal avait osé publier un tel article.