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Le respect, tout simplement

Le respect, tout simplement
Photo d’archives

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Il y a certes des jeunes qui provoquent en moi des crises d’urticaire aussi sévères que celles subies par Richard Martineau.

Ils parlent mal et pensent mou, ce qui n’est pas en soi le propre de la jeunesse, mais ils en sont surtout fiers, y voyant une transgression cool qui n’est, en réalité, qu’une sottise juvénile.

Le temps guérira cela.

Mais j’en vois aussi qui redonnent confiance dans le futur du genre humain.

Précieux

En fin de semaine, on demandait à la présidente des jeunes péquistes, Frédérique St-Jean, ce qu’elle pense d’une élue qui vient au parlement habillée comme un sans-abri qui demande une pièce de monnaie à la sortie du métro.

Sa réponse a élevé le débat, et c’est assez rare pour que cela mérite d’être souligné.

Frédérique St-Jean
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Frédérique St-Jean

Si je paraphrase, elle disait qu’il y a des gens qui sont morts, les armes à la main, pour avoir un parlement, un vrai, et qui luttent encore aujourd’hui, rêvant du jour où ils en auront un.

Et cela commande une attitude tout entière contenue dans un mot honni par notre époque frivole, festive et nombriliste : respect.

Pour le dire autrement, personne dans une assemblée authentiquement démocratique n’est plus important que le lieu lui-même.

Il y a certes des parlements de pacotille dans les dictatures : des marionnettes disent ce que le ventriloque leur fait dire.

Mais dans les démocraties authentiques, malgré leurs innombrables limites et défauts, les parlements sont les institutions qui, plus que n’importe quelle autre, en captent l’essence : le peuple y envoie des gens qui débattent de la meilleure manière d’organiser notre vie commune.

Quand on met de côté ce cynisme qui tient lieu de pensée aux esprits simples, il y a là quelque chose de précieux, de fragile, d’émouvant et qui mérite, justement, le respect.

Je n’oublierai jamais mon immense émotion le jour où, tout jeune député, je me suis assis à mon fauteuil pour la première fois au Salon bleu de l’Assemblée nationale.

Je me sentais comme un croyant qui entre au Vatican.

Dans ma tête, je revoyais tous les combats livrés avant moi, par Papineau, La Fontaine, par tant d’autres pour en faire ce qu’il est devenu.

Je regardais le pupitre réservé au premier ministre et je me disais : c’est ici que Lesage, Bourassa, Lévesque se sont assis.

Il me semble que cela commande humilité et dignité, des valeurs qui n’impliquent en rien l’effacement de soi.

Piège

Ceux qui finassent sur le fait que le règlement actuel est flou jouent aux « smattes » et nous prennent pour des idiots.

Si le règlement doit être clarifié, qu’on le clarifie, mais son esprit est clair : on honore l’endroit et, si on veut s’y distinguer, on le fait par la puissance de la parole.

Honnêtement, je ne comprends pas que tant de distingués collègues chroniqueurs tombent dans le piège grossier qu’on leur tend : les amener à parler – en bien ou en mal – de quelqu’un qui ne demande que cela.