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Passer de l’incantation au concret

L'ex-ministre péquiste et ex-chef du Bloc québécois, Martine Ouellet.
Photo d'archives, Simon Clark L'ex-ministre péquiste et ex-chef du Bloc québécois, Martine Ouellet.

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Il ne suffit pas d’agrémenter son discours des mots indépendance, souveraineté et pays dans les assemblées militantes comme ce qui se fait depuis 1995. Il faut être conséquent et présenter un engagement concret à sa réalisation dans le mandat, quel que soit le mode d’accès choisi. Ce n’est qu’à cette condition qu’il y aura un réel intérêt de la part de la population. Pourquoi la population en général s’intéresserait et se positionnerait sur une question qui n’est pas à l’ordre du jour?  

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L’indépendance avant, pendant et après. Voici la stratégie que j’ai mise de l’avant qui était également celle de Jacques Parizeau et de Pierre Bourgault. Parler d’indépendance à toutes les occasions et sur toutes les tribunes, lorsque le sujet est lié. Il y a tellement à dire, que ce soit pour démontrer la nécessité de sortir du Canada pétrolier afin d’agir pour contrer les changements climatiques avec notre énergie renouvelable et notre expertise en électrification des transports, ou pour la laïcité, le transport ferroviaire, la langue, la Davie, les sièges sociaux, le cannabis etc.  

Constater que le Parti québécois souhaite revenir à cette stratégie, comme cela a été décidé lors de son conseil de refondation en fin de semaine, me rassure un peu. Toutefois, pour être efficace, cette stratégie doit s’exprimer au Salon bleu, dans les points de presse et les prises de position publiques et dans tous les forums publics, pas seulement dans les forums internes. Il faut démontrer, exemples à l’appui, les avantages que l’indépendance va nous procurer dans chacun des secteurs, ce qui est bien mieux que de simples incantations comme certains le laissent sous-entendre et bien plus respectueux que de crier plus fort comme d’autres le dénoncent. À cet égard, la récente déclaration «Et si on abandonnait cette étrange idée que, si les gens disent non ou peut-être, il faut juste crier plus fort pour qu’ils disent oui» est assez symptomatique. Elle laisse sous-entendre que cette idée existerait, vraiment? En tout cas en 30 ans de militantisme, c’est la première fois que j’en entends parler. Il faut avoir perdu son objectif de vue et ne plus savoir quoi faire pour inventer de telles sornettes.  

Cette stratégie implique également qu’en parler n’est pas suffisant, il faut également la préparer et la proposer. Proposer de réaliser la République du Québec dans les quatre ans après l’élection d’un parti indépendantiste et oui, utiliser les fonds publics pour y arriver, que ce soit pour une vaste tournée de consultations sur la constitution de transition, pour réaliser les études d’actuariat sur la dette ou tout autre besoin. Faire autrement, c’est comme d’avoir un Parti vert qui annonce que s’il est élu, il ne fera rien pour l’environnement pendant quatre ans et qu’en plus, il ne mettra pas une cenne pour protéger l’environnement. Une aberration.  

Le bassin d’appuis à l’indépendance est plus grand au Québec que le pourcentage de votes reçus par les partis indépendantistes. Cela signifie que de parler d’indépendance est même payant d’un point de vue électoral, contrairement à ce que les leaders actuels laissent sous-entendre. Les deux seules fois où le Parti québécois a réussi à renverser un gouvernement libéral en obtenant une majorité, en 1976 et 1994, sont les deux seules fois où il a promis de réaliser la souveraineté dans les quatre ans. Et de toute façon, l’objectif n’est pas de gérer une province, mais bien un pays. Il faudrait arrêter de se laisser envahir par la peur de perdre qui paralyse et se remettre en action, car chaque année que le Québec passe dans le Canada, le Québec régresse. Il est plus que temps de mettre un terme à notre subordination à une autre nation pour devenir libre de nos propres choix.