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Cotons ouatés et dérapages

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Je sais, je sais. Vous en avez marre d’entendre parler du coton ouaté de Catherine Dorion. Moi aussi.  

Mais même si nous sommes collectivement tannés de nous attarder aux frasques de tout acabit de la rebelle solidaire, il n’en demeure pas moins qu’il ne faut pas laisser passer les dérapages qui s’en suivent.  

Le voile «bad ass»  

Évidemment, on pense au premier chef à la Fédération des femmes du Québec, qui a eu l’audace de faire la promotion du voile islamique pour la journée ridicule du coton ouaté.  

Pour la présidente Gabrielle Bouchard, ce serait même bad ass, soit cool, génial. Ah oui? C’est vraiment super d’encourager l’ensemble des femmes à porter un symbole qui représente trop souvent l’asservissement de certaines d’entre elles. Car s’il est indéniable que certaines femmes musulmanes portent le voile par choix, il n’en demeure pas moins que trop nombreuses sont celles qui y sont contraintes.  

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à toutes celles qui ont soif d’émancipation et qui souhaitent être appuyées, accompagnées dans cette démarche. Plutôt que d’agir en ce sens, la fédération vouée à représenter le droit à l’égalité fait plutôt la promotion de ce qui les garde enchaînées. C’est révoltant. Et tout ça au nom du droit à porter un coton ouaté.

Paroxysme  

Puis, il y a le discours du double standard. L’ultime dérapage en ce sens est venu de la plume de la chroniqueuse de La Presse Rima Elkouri. Je cite : «Pour une femme qui refuse d’être confinée à la petite case prévue pour elle, trop souvent, le même choix n’est pas vu comme un droit, mais comme une provocation. On lui rappellera, encore et toujours, que sa fonction première, en tant que femme, est de plaire... Sois belle (mais pas trop) et tais-toi. Et surtout, ne viens pas jouer à la victime ! Après tout, tu l’as cherché, en t’habillant trop ceci ou pas assez cela...»  

Vous imaginez? Cette chroniqueuse bénéficiant d’une tribune privilégiée fait un parallèle entre le respect le plus élémentaire d’un minimum de bon goût dans une enceinte symbolique comme le Salon bleu et la culpabilisation dégoûtante que l’on fait vivre à des femmes victimes du viol par exemple. C’est le paroxysme du dérapage.  

Soyons clairs. Catherine Dorion n’a pas été contrainte de rebrousser chemin avec sa capuche en raison de son sexe. N’importe quel homme normalement défini par le port du veston-cravate n’aurait pas plus été accepté ainsi vêtu. Qui plus est, l’on comprend que ce sont les sous-entendus réducteurs véhiculés par la photo d’Halloween de madame Dorion à l’endroit des autres femmes de l’Assemblée qui auront été la proverbiale goutte faisant déborder le vase de la tolérance.  

Ce qui est navrant, c’est que les nombreux dérapages associés au «coton-ouaté-gate» jettent un discrédit sur l’ensemble de l’œuvre des mouvements féministes alors que la partie est pourtant loin d’être gagnée sur d’autres fronts autrement plus pertinents.

  • VOYEZ le débat à ce sujet entre Jonathan Trudeau et Geneviève Pettersen à l'émission Franchement dit diffusée sur QUB radio :