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Le ministre qui en voulait trop

Le vrai problème de Simon Jolin-Barrette est que son assiette ministérielle est beaucoup trop remplie.
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Le vrai problème de Simon Jolin-Barrette est que son assiette ministérielle est beaucoup trop remplie.

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Le 12 novembre 2019. La date est à marquer d’une pierre blanche. Dans un exceptionnel moment de contrition, l’überministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, s’est excusé pour sa gestion ubuesque du Programme d’expérience québécoise (PEQ) pour travailleurs et étudiants étrangers.

Laquelle, rappelons-le, a valu au gouvernement caquiste de vivre sa première vraie crise politique. Son gouvernement passe depuis pour être « brouillon », « amateur » et « insensible ». Pour le premier ministre François Legault, dont SJB est vu comme son dauphin naturel, le coup porté est agaçant. Son grand avantage étant toutefois qu’il lui reste encore un bon trois ans au pouvoir pour corriger le tir.

Le « cas » SJB n’en est pas moins pressant. Aussi jeune, dynamique et ambitieux soit-il, le vrai problème est que son assiette ministérielle est beaucoup trop remplie. Il est ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’intégration, ministre de la Langue française et ministre de la Laïcité et de la Réforme parlementaire. Sans oublier leader parlementaire du gouvernement.

Inévitable conséquence

Pour n’importe quel élu, homme ou femme, souriant ou pas, baveux ou pas, insensible ou pas, pressé ou pas, c’est tout simplement trop.

La cumulation d’erreurs, petites et grandes, en est l’inévitable conséquence. Qui plus est, les dossiers de SJB sont tous hautement politiques, controversés et surtout, tributaires du « nationalisme identitaire » de la CAQ – sa carte maîtresse auprès de l’électorat francophone.

Pour toutes ces raisons, il est évident que le ministre Jolin-Barrette devra être éventuellement allégé d’une partie de ses trop nombreuses responsabilités ministérielles.

Dans la mesure où certaines de ses autres réformes sont mieux avisées, dont la bonification urgente des ressources en francisation pour les nouveaux arrivants, quitte même à le laisser à l’Immigration.

Le ministre qui en voulait trop et le premier ministre qui lui en a trop donné seraient sages d’y réfléchir autour d’une bonne tourtière à Noël.

Terre accueillante

M. Legault doit aussi revoir l’approche unidimensionnelle et précipitée de son gouvernement en immigration.

L’annulation sous haute pression, vendredi soir dernier, de la nouvelle mouture du PEQ de son ministre Jolin-Barrette, en a fait la démonstration par l’absurde.

Il est tout à fait légitime pour le premier ministre de vouloir mieux arrimer le volet « économique » de l’immigration aux besoins du marché du travail et des régions. Personne ne le remet en question. Ni les immigrants eux-mêmes ni les milieux d’affaires et universitaires.

Là où le bât blesse est le fait que cet arrimage ait été tenté sans consultation élargie. Pis encore, de manière bêtement bureaucratique et comptable.

Au point même d’ignorer la nature nettement plus complexe et foncièrement humaine qu’est la décision d’immigrer. Dans ce cas-ci, en choisissant le seul État francophone du continent.

Le Québec, on le sait pourtant, est une terre accueillante. Il serait temps que le gouvernement de la CAQ l’incarne beaucoup plus clairement à travers ses propres communications, ses ministres et ses politiques publiques.