/misc
Navigation

Les règles en opposition

Un curieux cul-de-sac

Les règles en opposition
IMDb

Coup d'oeil sur cet article

Je ne sais pas si vous vous souvenez du film l’Avocat du diable, avec Al Pacino, mais toute cette histoire de coton ouaté me rappelle une réplique de son discours final, quand le Diable fait référence à Dieu qui, pour son propre plaisir, établit constamment les règles en opposition : « regarde, mais ne touche pas. Touche, mais ne goûte pas. Goûte, mais n’avale pas », résume-t-il.   

  

Face à ce énième incident, j’aurais l’instinct d’adapter la citation comme suit : écoute, mais ne t’indigne pas. Indigne-toi, mais n’en parle pas. Parle, mais du « bon côté » seulement. C’est le parallèle qui me vient devant cette drôle d’entreprise de culpabilisation, que nous subissons tous d'une manière ou d'une autre, face au fait que nous réagissons nécessairement à ce qui nous est proposé comme actualité, et ce, peu importe sa teneur, que ce soit par le biais des médias traditionnels ou des réseaux sociaux. Je m’explique.    

  

Quand j’observe qu’on préconise la carte de la provocation pour tirer le commun des gens de son inertie chronique, dans l’espoir de faire passer un message, mais qu’on se scandalise, au revers, de l’intensité et surtout de la pluralité des réactions que ça engendre, je trouve que ça nous pousse dans un curieux cul-de-sac.    

  

Lorsqu’une nouvelle frasque nous est rapportée, on reproche maintenant systématiquement aux médias de lui donner trop d’attention au détriment de dossiers plus importants, mais force m’est d’observer que s’ils ne le font pas, on les accuse de censure, d’aveuglement partisan et de mépris pour les enjeux qui importent au coeur de la classe populaire. Première impasse.    

  

Devant le flux de nouvelles quotidiennes, si le peuple, quant à lui, réagit avec trop de passion, on le trouve stupide de s’emporter pour de faux enjeux ou des scandales de pacotille, pendant que la maison brûle. On lui en veut et on le ridiculise de s’émouvoir davantage pour une cathédrale que pour ses forêts ou, dans le cas qui nous occupe, pour un coton ouaté plutôt que pour l’avancement de cette cause surprenante dont il est devenu l’emblème. En somme, on l'accuse de manger ce qu'on lui donne à se repaître. À l’inverse, s’il s’abstient ou que ses dires ne cadrent pas avec « l’esprit du temps », on le taxe d’insensibilité, d’égoïsme, d’inculture, et généralement très rapidement de racisme, de sexisme, de xénophobie et tout nouvellement de « okboomerisme ». Deuxième impasse.    

  

C’est essoufflant et il me semble qu’un tel contexte ne peut que perpétuellement nous diviser là où nous aurions tout intérêt à discuter intelligemment et à nous choquer lorsqu’il nous serait vital de garder la tête froide pour comprendre ce qui se passe et agir au mieux pour tout le monde. À mes yeux, c’est surtout un spectaculaire gaspillage de force vive collective. Gaspillage qui pousse d’ailleurs, mieux que toute autre chose, à mon sens, au cynisme le plus toxique. Bref, je dis juste qu’il me semble voir un monde qui veut vivre au milieu de cette polarisation constante.    

  

Personnellement, je crois que cette histoire de coton ouaté n’a de réelle importance que dans la mesure où elle nous permet d’observer et de relever ce procédé fallacieux, qui nous contraint à croire que nous n’avons toujours qu’un seul pied sur lequel danser.    

  

Et, enfin, pour terminer sur mon parallèle plutôt ludique avec l’Avocat du diable, je ne peux que parfaitement saisir pourquoi, à la toute fin du film, le Diable dit que la vanité est définitivement son péché favori... puisqu’il m’apparaît évident que de tout temps et des sept, il est celui auquel nous sommes le plus vulnérables.