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Caisse de dépôt et placement: Québec a été pris de court par le départ de Sabia

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capture d’écran, tva nouvelles Michael Sabia a estimé hier soir à TVA (photo) que les Québécois doivent être fiers de l’institution qu’il dirige depuis 2009.

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Ce n’est qu’hier matin et par téléphone que le gouvernement Legault a appris le départ du grand patron du « bas de laine des Québécois », Michael Sabia, à la grande surprise du gouvernement.

Cette annonce a pris tout le monde par surprise, selon nos informations. Le patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec a aussi fait savoir qu’il quitterait son poste dans moins de trois mois.

Michael Sabia, dont le mandat avait été renouvelé début 2017, avait clairement dit en mars dernier qu’il se rendrait jusqu’en 2021 avant de passer à autre chose.

Les membres du conseil d’administration de la Caisse n’ont pas eu un long préavis eux non plus, n’ayant été avisés que ce week-end, a-t-on pu apprendre.

Selon nos informations, le ministre des Finances, Eric Girard, de qui relève le PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), était absolument convaincu que M. Sabia terminerait son mandat actuel, prévu jusqu’en mars 2021.

Malgré quelques noms ayant circulé ces dernières semaines, dont celui de la PDG d’Énergir Sophie Brochu, aucun remplaçant n’a encore été sérieusement envisagé.

C’est par un communiqué de presse que M. Sabia a annoncé au public, hier à midi, qu’il quittait son poste après 11 ans de service pour aller diriger la prestigieuse Munk School of Global Affairs and Public Policy, rattachée à l’Université de Toronto.

« C’était vraiment ma décision, une décision un peu personnelle », a-t-il assuré en fin de journée, en entrevue à TVA.

Selon lui, « la Caisse et ses équipes n’ont jamais été aussi solides ».

Un successeur, et vite

La tâche de lui trouver un successeur incombe au conseil d’administration du bas de laine des Québécois.

Un comité est déjà en place et aura le mandat d’analyser des candidatures identifiées par une firme de chasseurs de têtes, tant au Québec qu’à l’international.

La nomination devra ensuite être entérinée par le Conseil des ministres.

Hier, des sources ont souligné que quelques dossiers de la Caisse avaient déplu au gouvernement Legault :

♦ Les obstacles rencontrés par le Réseau express métropolitain (REM), le projet de train électrique, ne cessent de s’accumuler.

Le REM est maintenant évalué à 6,3 milliards $ et les coûts risquent d’augmenter encore, entre autres à cause d’enjeux de sécurité dans le tunnel du mont Royal.

La mise en service d’une portion du tracé pourrait également être reportée de près de deux ans, jusqu’à septembre 2023, révélait début octobre le quotidien La Presse.

♦ L’investissement de 1,3 milliard $ de la Caisse dans le géant des espaces de travail partagés Wework a été publiquement désavoué par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

« On n’aurait pas dû le faire », a-t-il dit le mois passé, en référence aux déboires de l’entreprise américaine.

En septembre, notre Bureau d’enquête révélait que M. Sabia avait placé le conseil d’administration « devant un fait accompli » en présentant cette transaction effectuée via Ivanhoé Cambridge, le bras immobilier de la Caisse.

Mais ces dossiers ne remettaient pas en question la confiance du gouvernement Legault envers Michael Sabia.

« Il n’a pas été tassé », résume une source.

Tant Eric Girard que François Legault ont d’ailleurs vanté les qualités du patron de la Caisse, hier, et les bons rendements de l’institution qu’il dirigeait.

Aucune indemnité de départ

♦ Déjà officiellement à la retraite de Bell, Michael Sabia ne bénéficiera d’aucune indemnité en quittant la Caisse.

♦ Le PDG de la Caisse a aussi renoncé, à sa nomination en 2009, à tout régime de retraite.

♦ « Cependant, la participation au Régime de retraite du personnel d’encadrement est obligatoire en vertu des règles de Retraite Québec », précise le rapport annuel 2018 de la Caisse. L’ex-PDG aura donc droit à une pension de 28 900 $ par an, en plus de sa généreuse pension de Bell.

♦ M. Sabia a en effet touché au moins 20,9 millions $ en salaires et primes de rendement au cours de ses années chez Bell, de 2002 à 2008. Depuis 2008, il touche une rente de retraite d’au moins 968 000 $ par an de Bell.

♦ À la caisse, il était payé environ 3,9 M$ par année.

– Philippe Orfali

Ce qu’ils ont dit

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Photo Simon Clark

« La Caisse est mûre pour être dirigée par une femme. On cherche la meilleure personne pour gérer la Caisse, et il serait très possible que ce soit une femme. »

« Notre homme, c’était M. Sabia. J’aurais aimé qu’il reste plus longtemps. S’il avait voulu rester plus longtemps, il aurait pu. »

– Eric Girard, ministre des Finances

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Photo Simon Clark

« C’était un excellent gestionnaire, un homme brillant. Je le remercie pour le travail qu’il a fait. On a eu de bons rendements à la CDPQ alors qu’il était là. »

« Il m’a offert son aide pour des mandats de toutes sortes, pour le REM [le Réseau express métropolitain], et il va beaucoup regarder ce qui se passe avec les États-Unis et la Chine. »

– François Legault, premier ministre