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Montréal: un homme sur 4 en détresse psychologique

Montréal: un homme sur 4 en détresse psychologique

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Les hommes sont plus portés à aller chercher de l’aide quand leur médecin le leur recommande que sur les conseils de leur conjointe, révèle un sondage qui indique qu’un Montréalais sur quatre souffre de détresse psychologique.

«Un homme va venir me voir parce qu’il a des maux de tête, des douleurs à l’épaule. Mais tu vois dans son non-verbal qu’il se passe autre chose», illustre le Dr Sylvain Dion, vice-président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.  

«Si tu lui tends une perche, ça va ressortir [qu’il vit de la détresse]», ajoute-t-il à partir d’exemples qu’il voit régulièrement dans son bureau de médecin de famille.  

Les hommes ne sont pas nécessairement plus nombreux à vivre de la détresse que les femmes, mais il est bien connu que quand ils en vivent, ils sont moins enclins à aller chercher de l’aide, explique la psychologue Janie Houle, première auteure du sondage et professeure à l’UQAM.  

Le Comité régional en santé et bien-être des hommes de l’île de Montréal a donc commandé un sondage auprès de la firme SOM. Quelque 1540 hommes y ont participé. 

«Bon à rien»

Selon les résultats dévoilés jeudi, 25% des hommes vivant à Montréal ont dit se sentir «déprimés», «bons à rien» ou «désespérés» suffisamment souvent pour les chercheurs les considèrent en «situation de détresse psychologique probable».  

Cette détresse est encore plus fréquente chez les jeunes hommes (43%), ceux âgés de 25 à 34 ans. 

 

Il suffit de se rappeler les meurtres conjugaux et familiaux qui défraient les manchettes pour se rappeler les graves conséquences que peut avoir la détresse de certains hommes, qui sont aussi plus nombreux à recourir au suicide.

«Maintenant, comment on peut faire pour combler le fossé? Pour qu’ils aient recours aux services [psychosociaux]?» dit Mme Houle pour résumer le but du sondage.  

Sceptiques

Le sondage révèle notamment que pas moins de 69% des hommes avaient consulté un médecin de famille dans la dernière année. En revanche, seulement 17% ont consulté un psychologue, un travailleur social ou un intervenant dans un organisme.  

«Les hommes sont un peu méfiants et sceptiques par rapport à ce que [les intervenants psychosociaux] peuvent leur offrir», explique Mme Houle.  

Les médecins semblent jouir d’une bonne crédibilité auprès des hommes, résume-t-elle. Ainsi, il y a de fortes chances qu’ils aillent consulter si leur docteur le leur conseille.  

Mais les médecins ont-ils le réflexe de recommander une psychothérapie aussi rapide que celui de prescrire un médicament? «Peut-être pas», déplore Mme Houle. 

Elle soupçonne notamment que les médecins ne connaissent pas toujours les ressources qui existent, alors que dans presque toutes les régions se trouvent des organismes pour hommes.  

«Le médecin qui travaille dans un groupe de médecine familiale où il y a un travailleur social va avoir une bien meilleure connaissance de ce qui existe que le médecin [...] qui est tout seul dans sa clinique», dit le Dr Dion.  

Mais au-delà de la question des références, il y a également le problème du manque de services à long terme en santé mentale, rappelle Daniel Lapalme de l’organisme Pause-Famille dans le quartier Ahuntsic.  

Dans les CLSC, les listes d’attente sont longues et les suivis prévoient souvent un maximum de séances, ce qui n’est pas idéal pour un traitement en profondeur, ajoute-t-il.  

«C’est par défaut» que des médecins vont se tourner plus rapidement vers la médication, parce que le réseau public de santé n’arrive pas à fournir à la demande en santé mentale», indique le Dr David Barbeau du Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales et les discriminations.  

«Et consulter un psychologue, ça coûte environ 100$», dit-il.  

Pas de boîte vocale, s’il vous plaît

Or, la gratuité ou le faible coût est justement le facteur le plus susceptible d’encourager un homme à consulter, peut-on lire dans le rapport du sondage. 

En attendant qu’un réinvestissement en santé mentale ait lieu, il y a une panoplie de choses que les organismes peuvent faire pour mieux rejoindre leurs potentiels usagers, suggère Janie Houle.  

Par exemple, 18% des hommes ont tendance à abandonner la démarche s’ils tombent sur une boîte vocale, indiquent les résultats du sondage.  

 

 LES HOMMES LES PLUS TOUCHÉS PAR LA DÉTRESSE:

  • âgés de 25 à 34 ans 
  • ne sont ni à la retraite, ni sur le marché du travail 
  • célibataires 
  • ont un faible revenu 
  • vivent dans le Centre-Sud de Montréal 

 

PROBABILITÉ D’ALLER CONSULTER:

Quand la recommandation vient:

  • du médecin: 77% 
  • de la conjointe ou du conjoint: 68% 
  • des amis: 60%