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Santé mentale au travail : le dernier tabou?

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Mélissa Pelletier - 37e AVENUE

 

Les problèmes de santé mentale, source d’invalidité au même titre que les handicaps physiques ? Plusieurs Canadiens les perçoivent ainsi. Qu’est-ce qui explique alors que la plupart ne dévoilent pas leur diagnostic au travail ?

Ici et là, on parle de plus en plus des troubles mentaux dans un cadre professionnel. Alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) indique qu’il s’agit de l’une des premières causes d’invalidité dans les pays développés, 73 % des employeurs canadiens offrent aujourd’hui des programmes d’aide, selon une étude du cabinet mondial de dotation en personnel Robert Half.

« Plusieurs entreprises ont le bien-être de leurs employés comme priorité », explique Joe Flanders, psychologue fondateur de la clinique MindSpace et aide-professeur au Département de psychologie de l’Université McGill.

Un secret bien lourd

Pourtant, près des trois quarts des travailleurs ont des réserves à discuter de santé mentale avec leur patron ou leurs collègues, révèle un récent sondage de RBC Assurances. Pourquoi ne parle-t-on pas de dépression comme on se confie sur sa fibromyalgie ? « Même si la perception envers la santé mentale a énormément évolué au sein des entreprises, la stigmatisation existe encore, croit Joe Flanders. Ça dépend bien sûr des domaines et des contextes, mais c’est loin d’être totalement réglé. »

Le nœud du problème ? La pression de la performance, précise Joe Flanders. « Certains employeurs cultivent une culture d’entreprise désuète où le rendement prime sur tout le reste. Lorsqu’une personne veut avoir du succès professionnel, son problème de santé mentale peut être vu comme un obstacle. » Et ce, autant par la compagnie que par l’individu lui-même. « Un employé malade risque de se juger durement, tout en se sentant coupable de ne pas être capable d’atteindre facilement la même productivité que ses collègues », ajoute-t-il.

Sans parler des réactions de l’équipe, qui peuvent causer encore davantage de tort. « Pour de nombreuses personnes souffrant de maladie mentale, la stigmatisation et la discrimination sont plus difficiles à vivre que les symptômes », peut-on d’ailleurs lire sur le site du gouvernement du Québec. Joe Flanders abonde dans ce sens : « Les émotions de l’employé aux prises avec des troubles mentaux sont susceptibles d’être mal interprétées par ses patrons et collègues, ce qui peut ajouter des couches de difficultés dans la communication. »

Particulièrement dans les milieux compétitifs, précaires ou non syndiqués, des troubles mentaux mènent encore parfois à un renvoi. « Pour certains gestionnaires qui ont accès à moins de ressources, l’incapacité d’un salarié à gérer les situations stressantes est perçue comme une grande faiblesse. Les individus à la santé mentale fragile ne sont pas les bienvenus », déplore le psychologue.

Le dire ou pas ?

Sachant tout cela, est-ce une bonne idée de mentionner sa condition à son employeur ? D’après Joe Flanders, il n’y a pas de règles fixes. « Si on pense être bien reçu, ça peut effectivement être bénéfique de tenir son patron au courant. En cas de doute, on s’abstient. Je conseille d’abord de consulter un psychologue qui pourra vous guider vers la bonne décision et, le cas échéant, la marche à suivre. »

Parce que si le patron a un rôle primordial à jouer dans la santé mentale de ses employés, Joe Flanders souligne l’importance de prendre soi-même sa situation en main. « Dans la mesure du possible, chacun a la responsabilité ultime de son bien-être. »