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Catherine Dorion et les enjeux de société évincés derrière le coton ouaté

Periode des questions
Photo d'archives, Simon Clark Catherine Dorion

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On s’attend à quoi d’un(e) député(e)?  

On veut qu’un(e) élu(e) prenne conscience des grands enjeux de société, qu’il ou elle travaille sur des politiques visant à favoriser une meilleure répartition de la richesse, une fiscalité équitable, une accessibilité pour tous et toutes à des programmes sociaux universels (et de qualité), la protection de l’environnement et des personnes les plus vulnérables. Cela exige beaucoup de travail et de conscience sociale.   

Il me semble qu’on ne paie pas un(e) député(e) pour faire continuellement de petits numéros insignifiants... qui vont changer quoi, en fin de compte? Que des députés puissent être en coton ouaté? So what? Un politicien sérieux a plus important à faire que de se battre pour ses droits individuels superficiels, comme celui de s’habiller comme il ou elle le souhaite à l’Assemblée nationale. Il y a de vrais problèmes sociaux et économiques à régler, ici et ailleurs, pas mal plus importants qu’une simple tenue vestimentaire.  

S’entêter à faire diversion  

Au début, je trouvais la députée solidaire Catherine Dorion amusante, en me disant qu’un jour ou l’autre elle allait passer à des choses plus sérieuses. Même si ses interventions sont souvent pertinentes, ça reste souvent le même cirque, soit celui de faire respecter ses «droits individuels». Est-ce que, pour Catherine Dorion, les droits individuels priment sur les droits collectifs? Peut-être qu’elle pourrait se concentrer sur un problème de société majeur, comme la santé, l’éducation ou l’environnement? Observer ce qui se fait ailleurs dans le monde, lire les études sérieuses et étoffées de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’Organisation internationale du travail (OIT), de l’ONU et de ses nombreuses agences, dont celle qui est consacrée à la pauvreté, etc. Je l’invite à rencontrer des gens travaillant pour des groupes communautaires, environnementaux ou scientifiques, etc.   

Je n’ai pas voté Québec solidaire pour ça  

Moi qui ai toujours voté Québec solidaire, je n’ai pas du tout voté pour ça. Je m’attends à plus de substance et d’engagement de ce parti. Je pense que plusieurs personnes vont déchanter à propos de Québec solidaire en raison des élucubrations de la députée. Dire que les médias embarquent dans son jeu futile, ce qui fait son affaire et la motive à persister dans ses fanfaronnades. Je suis le premier à dire que l’habit ne fait pas le moine. Mais il ne faut quand même pas ne mettre l’emphase que sur l’habit – à moins que ce soit que pour attirer l’attention. À mon souvenir, on a plus entendu parler de ses bottes, de sa jupe et de son coton ouaté que de ses idées. Certes, le fait que les médias couvrent davantage sa façon de s'habiller que ce qu’elle a à dire est un problème en soi, mais ne mettre le spotlight que sur cet enjeu est un autre problème, pour soi.  

À Québec solidaire, on est solidaires  

Quelle ne fut pas ma déception de voir une personne sérieuse comme Gabriel Nadeau-Dubois, que j’admire beaucoup, venir à la défense de Catherine Dorion pour qu’elle puisse continuer à se «battre» pour ses «droits» individuels. Il me semble qu’on vit encore en société, et les droits collectifs doivent avoir priorité sur les fameux droits individuels de tout un chacun, surtout dans le cas de droits tellement secondaires, et vestimentaires. C’est ça, la mission de Québec solidaire? Se battre pour que chacun puisse s'habiller comme il le veut à l’Assemblée nationale? Un décorum concernant la tenue vestimentaire, il y en a partout: à l’école, au travail, dans l’exercice de certains métiers et professions, dans l’exercice de certaines activités sportives et sociales, etc.  

Et Françoise David qui la compare à Amir Khadir  

Je n’en revenais pas quand j’ai entendu l’ex-chef de Québec solidaire comparer les problèmes d’acceptabilité de Catherine Dorion avec ceux qu'a expérimentés au début l’ex-député solidaire Amir Khadir. Je trouve la comparaison presque insultante pour Amir Khadir, qui avait plus de profondeur et de substance dans ses prises de position sur ce qui se passait ici et partout sur la planète. Il n’essayait pas de briser un décorum – soit dit en passant, présent avant l’élection de Catherine Dorion – avec ses vêtements. À mon avis, Amir Khadir manque cruellement à Québec solidaire. Sans lui, QS n’est plus le même parti.  

Le Parti québécois pourrait en profiter, mais non...  

Je crois que, si Catherine Dorion persiste dans ses «revendications» purement vestimentaires, elle va amener des partisans à changer de parti politique. Le Parti québécois pourrait en profiter pour investir davantage le créneau progressiste de Québec solidaire, mais, encore en fin de semaine, ses partisans ont opté, en congrès, pour remettre de l’avant l’indépendance du Québec. N’ont-ils pas pris leçon du dernier succès du Bloc québécois qui, aux récentes élections fédérales, a mis l’accent sur la défense d’un nationalisme fort du Québec, sur des valeurs progressistes et sur la protection de l’environnement? Moi, je pense que les gens veulent un gouvernement progressiste, nationaliste et environnementaliste fort, mais pas nécessairement indépendant. Ce sont les autres partis provinciaux qui doivent piaffer de joie en voyant le PQ ramener en priorité l’indépendance du Québec.  

À ceux et celles qui me diront que je suis un antiféministe  

Il se peut que je me fasse critiquer pour ce texte, comme pour les autres d’ailleurs. Que je me fasse traiter d’antiféministe qui veut dicter aux femmes comment s’habiller. Non. Je ne veux juste pas que ça devienne l’enjeu numéro 1, de pouvoir s’habiller n’importe comment dans n’importe quelle fonction. Mme Dorion était au courant du décorum quand elle s’est présentée aux élections pour représenter ses concitoyens et concitoyennes, alors que maintenant, on dirait que changer les règles «en s’habillant autrement qu’en députée» est devenu sa mission. Ce n’est pas une question de «rentrer dans ton petit carré de sable», mais justement d’en sortir et de pointer plus loin, plus haut, plus grand. Elle a dit, avec justesse, qu’une de ses positions avait fait l’objet d’un seul article, alors que son coton ouaté en avait suscité 25, et qu’elle a même été invitée à Tout le monde en parle – émission dans laquelle elle ne portait pas de coton ouaté, je dis ça de même. J’y reviens: certes, c’est un problème, que les médias s’intéressent souvent plus au contenant qu’au contenu, surtout pour les femmes qui sont souvent jugées sur leur apparence en politique – allô, sourire de Valérie Plante. Mais il ne faut tout de même pas jouer que sur ça pour attirer l’attention.   

Si elle s’inquiète de notre tendance à laisser des banalités nous distraire des vrais enjeux qui nous préoccupent tous et toutes, alors qu’elle arrête d’être banale et qu’elle nous montre ce pour quoi les gens ont voté pour elle. Et ce n’est certainement ni pour une jupe ni pour un coton ouaté. Plutôt pour des idées. Qu’on a hâte de voir exposées, car il y a plus sérieux à faire. Dans l’instant, elle jette de l’ombre sur ses collègues élus du parti, qui ont peut-être mieux à faire que de constamment repousser les limites vestimentaires de l’Assemblée. Car justement, on ne retient que le coton ouaté, alors que ceux qu’elle vise – avec raison – par les mots corruption, collusion, financement illégal, pots-de-vin, on sait très bien qui ils sont. Sauf qu’on s’en souvient pour ces raisons. Il est temps que quelqu’un sorte du carré de sable et veuille faire une différence en prenant ses véritables responsabilités vis-à-vis de la population, autrement que par ses vêtements.