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Des millions de clients calculés en trop dans les bus et le métro

La nouvelle méthode de calcul, plus précise, montre des disparités importantes

La nouvelle méthode de calcul des sociétés de transport analyse la validation des titres lorsque les clients entrent dans l’autobus ou le métro.
Photo d’archives La nouvelle méthode de calcul des sociétés de transport analyse la validation des titres lorsque les clients entrent dans l’autobus ou le métro.

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QUÉBEC | Les sociétés de transport collectif, au Québec, ont présenté des données d’achalandage qui étaient nettement au-dessus de la fréquentation réelle des autobus et du métro, créant un écart considérable avec la réalité qui se mesure en millions de passages en trop.

Cette situation « risque » de désavantager les sociétés de transport du Québec dans leur quête de subventions.

Par exemple, à la Société de transport de Montréal (STM), on a présenté, en 2017, un achalandage de 429,5 millions de passages, en hausse de 3,2 % par rapport à l’année précédente. Or, le rapport d’activité de 2018 parle d’une augmentation de 3,5 %, mais cette fois avec 365,2 millions de passages enregistrés.

L’apparente incohérence se répète dans les rapports financiers de plusieurs autres sociétés. Elle s’explique par le fait que, dans une résolution commune, les sociétés du Québec ont choisi de changer leur méthode de calcul.

Auparavant, elles estimaient leur achalandage en fonction du nombre de titres de transport vendus. Elles se basaient sur des sondages réalisés auprès de la clientèle pour déterminer à quelle fréquence les usagers montaient dans le bus.

Elles se réfèrent désormais à la méthode plus concrète du calcul électronique mesuré par le système Opus à chaque passage d’un usager dans leur réseau.

Méthode plus précise

À la STM, la porte-parole Amélie Régis a dirigé Le Journal vers le rapport d’activité de la société pour toute explication. On y lit que « cette année, la STM ajoute un indicateur supplémentaire, calculé à partir des données des validations générées par le système Opus. Il permet de caractériser avec plus de précision l’achalandage du réseau et son évolution ».

On souligne cependant que la méthode moins précise, celle basée sur les ventes, est « utilisée par l’industrie canadienne du transport collectif (et) sert entre autres à la répartition du financement public ».

L’organisme municipal soutient que ce changement ne remet pas en cause la croissance. « L’achalandage de la STM a connu une hausse significative en 2018. »

Ailleurs au Québec

Québec aussi a vu ses chiffres plonger. L’achalandage du Réseau de transport de la Capitale (RTC) est passé de 45 à 32,3 millions de passages. Les autres principales sociétés de transport, comme celles de Longueuil, Laval, Gatineau et Lévis ont vécu la même situation.

La carte Opus a été lancée en 2008 à Québec et dans la région de Montréal. Si les changements de méthode de calcul n’ont pas été faits avant, c’est que « nous avons donc conjointement attendu que toutes soient en mesure de présenter les mêmes indicateurs afin d’officialiser cette mesure », a soumis la porte-parole du RTC Brigitte Lemay.

D’importantes subventions sont en jeu

Le changement dans la méthode de calcul de l’achalandage pose un « risque » de désavantager les sociétés de transport du Québec dans leur quête de subventions à Ottawa.

Dans l’octroi des sommes fédérales pour le financement du transport en commun, le principal critère auquel se réfère le gouvernement est l’achalandage.

Or, depuis cette année, les sociétés de transport du Québec se sont toutes entendues pour présenter leurs données selon une nouvelle méthode plus précise de calcul électronique, qui réduit de façon importante leur achalandage.

Le hic, c’est que la plupart des organismes de transport ailleurs au pays n’ont pas suivi la parade et continuent de présenter des données gonflées.

« Un risque »

Le directeur général de l’Association du transport urbain du Québec (ATUQ), Marc-André Varin, convient que la situation présente « un risque » pour les sociétés de la province.

« Il y a un risque. Si on fournissait les chiffres avec le nouveau calcul, il pourrait y avoir une variation importante », a soumis M. Varin.

Pour l’instant, cependant, les organismes continuent de donner à Ottawa les statistiques d’achalandage mesurées par les ventes, soit une méthode imprécise qui exagère le nombre de passages dans les autobus et le transport collectif.

La part des subventions du fédéral accordée au Québec, qui représente des centaines de millions de dollars, n’a donc pas été affectée par cette disparité.

Uniformiser les pratiques

Mais l’ATUQ estime qu’il faut aplanir les disparités entre les organismes de partout au pays.

L’Association travaille conjointement avec l’Association canadienne du transport urbain (ACTU) pour uniformiser les pratiques.

« Il y a un comité de travail qui est là-dessus. C’est un sujet d’échanges depuis quelques années. Ils sont intéressés. Et on leur a soumis l’information quant au détail du calcul qu’on utilise au Québec », dit M. Varin.

D’ailleurs, certaines sociétés de transport ailleurs au pays ont déjà commencé à migrer vers la nouvelle méthode, a indiqué M. Varin. C’est le cas de TransLink, à Vancouver.

Nombre de passages
2017 par méthode basée sur les ventes
2018 par méthode basée sur les déplacements
Écart
Société de transport de Montréal
429,5 millions
365,2 millions
64,3 millions
Société de transport de Laval
22,1 millions
18,9 millions
3,2 millions
Réseau de transport de Longueuil
35,6 millions 28,3 millions 7,3 millions

*Sources : Sociétés de transports de Montréal et de Laval ainsi que le Réseau de transport de Longueuil