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Résister à l’eutha-nazie

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Que des malades réclament d’arrêter de souffrir est naturel. On ne peut que compatir avec ceux qui se battent courageusement contre des douleurs insupportables.

En revanche, les personnes ayant demandé l’aide médicale à mourir font régulièrement l’objet d’une couverture médiatique particulièrement généreuse, et le portrait dithyrambique que l’on dresse d’eux finit par devenir franchement nauséeux.

Procuration

Clairement, à coups d’articles encenseurs, on veut nous convaincre que choisir la mort est un acte héroïque empreint de beauté et de noblesse, un ultime cadeau que le malade offre à ses proches et à la société. Le suicide par procuration n’est plus uniquement accepté, il est maintenant célébré ! Pourtant, cette nouvelle culture mortifère devrait inspirer l’indignation.

D’une part, l’homicide administratif est devenu outrageusement expéditif. À condition de satisfaire à quelques critères, lesquels s’assouplissent toujours davantage, il suffit de demander la mort pour l’obtenir. En moyenne, l’aide médicale à mourir est accordée 15 jours après la demande. Dommage qu’il en soit autrement pour l’aide médicale à vivre, alors qu’on nous fait patienter environ sept semaines pour consulter un spécialiste, et neuf autres semaines pour se faire traiter.

D’autre part, à force de glorifier la mort, on distille sournoisement le dénigrement de la vie. Si celui qui demande l’injection létale est un héros altruiste qui meurt dans la « dignité », celui qui la refuse ne devient-il pas un lâche égoïste qui vit dans la honte ?

Respect

Nul doute que les soins palliatifs coûteux irritent la logique budgétaire des hôpitaux et motivent les gouvernements à valoriser « l’eutha-nazie ». Mais être complice de ce lavage de cerveau, ce n’est pas défendre la mort dans la dignité. C’est plutôt insinuer qu’une personne malade est un fardeau, qu’elle n’est plus digne de vivre, de recevoir des soins et du respect. Certes, personne ne veut souffrir. Toutefois, la véritable dignité, c’est éliminer la souffrance... et non la personne qui souffre !