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Une soirée plutôt décevante avec Barack Obama

Une soirée plutôt décevante avec Barack Obama
Photo courtoisie, Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain

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Hier soir, au Centre Bell, je n’ai pas boudé mon plaisir. Barack Obama a encore et toujours le charisme d’une rock star et l’élégance d’esprit des grands leaders. Hormis pour sa chevelure grisonnante, le temps n’y change rien. À elle seule, son arrivée sur scène a fait bondir les 12 000 Montréalais qui l’attendaient avec impatience.

Malgré une présidence qui s’est avérée mitigée, parfois même décevante, l’aura de Barack Obama reste inchangée. Dans notre imaginaire collectif, il restera éternellement le premier président afro-américain, l’homme de l’espoir, du changement promis et de son légendaire Yes we can.

Invité par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, son passage dans la métropole québécoise se faisait dans le cadre de sa très lucrative tournée postprésidentielle. Ce mardi, il était à Terre-Neuve et mercredi, à Halifax.

Or, malheureusement, à quelques reprises durant la toute petite heure où il était questionné sur scène par Jean-François Gagné, jeune président d’une firme spécialisée en intelligence artificielle, l’ex-président américain a déçu. Pas totalement, bien sûr. Du Barack Obama moins spectaculaire que peuvent l’être nos attentes, ça reste néanmoins du Barack Obama.

Il s’est calé dans son fauteuil presque nonchalant. Était-ce l’effet du léger retard pris à cause de la neige et du trafic ? De fait, il paraissait tellement « relax » sur scène qu’il en perdait un brin de sa rigueur habituelle. Ne manquaient que ses pantoufles et un bon chocolat chaud...

Barack aime le Canada

Il s’est bien évidemment beaucoup évertué à dire son amour et son admiration pour le Canada. En cela, on le sent tout à fait sincère. En cette ère de polarisation exacerbée, Barack Obama dit voir en son voisin canadien un véritable « modèle pour le reste du monde ». Rien de moins.

Le Canada, insiste-t-il, sait vivre avec la « diversité » sous toutes ses formes. Son système public de santé, selon lui, devrait enfin inspirer les Américains. Lorsqu’il en parle, on comprend à quel point il aurait voulu, comme président, convaincre ses citoyens de succomber un peu plus au « Canadian way of life ». En vain, bien entendu.

Pour le reste, Barack Obama s’en tenait parfois à des lieux communs. Du genre, l’avenir est à la jeunesse. L’intelligence artificielle fera perdre des emplois. Les médias sociaux favorisent la pensée en silos. Greta Thunberg impressionne par sa « force morale », mais elle doit aussi apprendre à transiger avec un monde « complexe ». Etc.

Il a cependant mis le doigt sur un très gros problème politique dans nos sociétés dites avancées. Soit le « désenchantement et le scepticisme » croissant envers les institutions, la démocratie elle-même, les médias et cette troublante manière clientéliste de faire la politique qu’il a comparée à la production d’une « publicité de savon ».

Besoin de lumière

Même sans nommer Donald Trump – il ne le nomme jamais de toute manière –, j’aurais bien aimé entendre Barack Obama réfléchir à voix haute – et beaucoup plus en détail – sur la montée de l’extrême droite en Occident et le ressac misogyne et xénophobe qui l’accompagne. Qu’en pense-t-il vraiment ?

Qu’à cela ne tienne, dès qu’il prononçait les mêmes quatre mots-clés qui l’ont porté jusqu’au sommet de la plus grande puissance mondiale – espoir, changement, positif, pouvoir –, on se prenait à y croire malgré tout. La magie Obama, ne serait-ce que pour un instant, opérait.

Il faut dire que l’effet de contraste entre lui et Donald Trump est saisissant. Sous ce dernier, le climat social aux États-Unis est devenu toxique. En plus d’être visé par une enquête en destitution, ses mensonges pathologiques font aussi que des millions d’Américains ne savent plus distinguer les faits du faux.

D’où la nécessité d’entendre l’antithèse parfaite du président actuel. Hier soir, ça faisait du bien à l’âme. Et ce, malgré les imperfections de sa « performance » ou le malaise réel à le voir prendre ce chemin déjà trop emprunté des ex-présidents qui, à hauts prix, monnayent pour longtemps leur passage au pouvoir à coups de millions.

Si trois ans après son départ de la Maison-Blanche Barack Obama fait encore courir les foules, c’est bien parce que sous l’ombre inquiétante de Donald Trump, nous avons tous besoin d’un peu de lumière, de rêve et d’espoir.