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Bande dessinée: crise numérique

<i>Bug Tome 2</i><br />
Enki Bilal<br />
Éditions Casterman, 80 pages
Photo courtoisie Bug Tome 2
Enki Bilal
Éditions Casterman, 80 pages

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Enki Bilal, un des maîtres incontestés du 9e art mondial dont l’œuvre a rejailli dans les milieux de l’art contemporain et du cinéma, figure sur la courte et prestigieuse liste d’invités d’honneur de la 42e édition du Salon du livre de Montréal. Retour sur l’important corpus de ce monstre sacré.

Bilal est de cette trempe d’artiste en phase avec son époque, dont il témoigne inexorablement avec l’éloquence des plus grands. En compagnie du scénariste Pierre Christin, il aborde la question du totalitarisme par le truchement du diptyque Fin de siècle (Partie de Chasse, Les Phallanges de l’Ordre noir) quelques années avant la chute du mur de Berlin. Dans la Tétralogie du monstre, il sonde la thématique de l’obscurantisme religieux précédant de peu les attentats du 11 septembre 2001. Puis il remet ça à la fin de la décennie 2000 avec la trilogie Coup de sang en attaquant de front la question climatique. En 2017, il se lance dans Bug, un copieux chantier narratif dystopique prévu en cinq tomes, dont la prémisse, vraisemblable – voire inéluctable –, place l’humanité face à une panne numérique planétaire en 2041. Seul un cosmonaute, de retour d’une mission sur Mars, est soudainement doté du savoir universel.

Rien ne va plus

Fasciné par notre dépendance numérique collective, et témoin de la mise en péril de notre mémoire collective, Bilal se défend toutefois de jouer au devin avec cette nouvelle série. « Bug ratisse large. Évidemment, l’incident tel que je l’imagine ne pourrait se produire ainsi », affirme-t-il à l’autre bout du fil. « D’ailleurs, avec ma conclusion, que j’ai trouvée dès le début du projet, je ne cherche nullement à fournir une explication rationnelle. Bien qu’imparable, cette finale me place dans une liberté totale. » Certes terrifiant, Bug n’est pourtant pas exempt d’humour. Alors que la société redevient analogue, les journaux sont truffés de fautes d’orthographe, car plus personne ne sait écrire sans l’aide de correcteurs automatisés ; de riches excentriques qui se payent des séances de lévitation restent quant à eux emprisonnés en plein ciel. L’auteur ne se cantonne d’ailleurs pas à un seul genre, il les transcende tous : polar, science-fiction, récit politique.

Du papier au cathodique

Bilal avoue avoir développé Bug comme une série télé. « C’est quand même incroyable que dans la multitude de séries dramatiques présentées sur les différentes plateformes, aucune ne traite de ce sujet », s’étonne-t-il. « Mon collègue scénariste Dan Frank, avec qui j’ai écrit le film Tykho Moon, a d’ailleurs abordé le sujet avec un producteur lors d’un dîner. » Il n’en fallait pas plus pour que l’adaptation se fasse, avec à sa tête le réalisateur québécois Daniel Roby. « Si j’ai réalisé quelques films, la série est un tout autre médium, que je ne connais pas. Daniel, avec son travail sur l’excellente série Dans la brume, s’est imposé. » Prévu en 2020, le tournage de la première saison de six épisodes de 52 minutes se fera entièrement en anglais, un choix naturel vu l’universalité du propos.

Bilal poursuit parallèlement le travail en album, attestant que la bande dessinée a sa propre trajectoire. Le troisième chapitre paraîtra en 2021. Si Frankenstein de Mary Shelly a marqué la littérature d’anticipation du XIXe siècle et Blade Runner de Philip K. Dick celle du XXe siècle, nul doute que Bug sera l’œuvre du siècle présent.

Pour tout savoir des activités auxquelles l’auteur prendra part en tant qu’invité d’honneur du Salon du livre de Montréal, consultez le salondulivredemontreal.com.

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♦ Jean-Dominic Leduc ainsi que les auteurs des œuvres présentées ici seront en dédicace au Salon du livre de Montréal.