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Trains du Réseau express métropolitain en Inde : et si c’était fait au Québec?

La Caisse économise gros en allant en Inde, mais elle fait fi des retombées locales

Le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, avait visité pour la première fois, en décembre 2018, l’usine de La Pocatière et avait rassuré les employés quant à l’avenir de l’usine du Bas-Saint-Laurent.
Photo courtoisie Le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, avait visité pour la première fois, en décembre 2018, l’usine de La Pocatière et avait rassuré les employés quant à l’avenir de l’usine du Bas-Saint-Laurent.

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La Caisse de dépôt et placement du Québec épargne vraisemblablement des centaines de millions de dollars en faisant assembler les trains du Réseau express métropolitain en Inde. Cela ne tient toutefois pas compte des retombées que le contrat aurait pu générer ici.

La multinationale française Alstom recevra environ 280 millions $ pour construire les 212 voitures du Réseau express métropolitain (REM), selon des informations dévoilées l’an dernier. Cela représente environ 1,3 million $ par voiture, un prix qui défie toute concurrence.

À titre de comparaison, les nouveaux wagons Azur du métro de Montréal, construits au Québec par Bombardier et Alstom, coûtent un peu moins de 3 M$ chacun. Si on applique ce prix à la commande du REM, on en arrive à une facture d’environ 600 M$, soit le double de ce qui sera versé à Alstom.

Moins de 5 % du total

Cet écart potentiel d’environ 300 M$ représente cependant moins de 5 % de la facture totale du REM, évaluée à 7 milliards $.

Il importe de préciser que les comparaisons de prix ont leurs limites, puisque chaque commande de matériel roulant est unique en termes d’exigences et de spécifications techniques.

Cela dit, il est étonnant de constater que les villes indiennes de Lucknow et de Chennai ont payé davantage que la Caisse pour leurs trains, pourtant assemblés dans l’usine d’Alstom où seront aussi produits ceux du REM de Montréal : plus de 2 M$ par voiture.

Retombées locales

En tenant compte des retombées locales, Barcelone a peut-être obtenu le meilleur accord possible de la part d’Alstom avec un prix de 1,8 M$ par wagon. Le contrat, signé le mois dernier, porte sur des véhicules Metropolis, les mêmes que ceux du REM. Ils seront assemblés dans une usine située près de la capitale catalane.

En octroyant le contrat des voitures du REM à un constructeur établi au Québec, le gouvernement aurait pu déduire de la facture les retombées économiques et fiscales, souligne Jean-Philippe Meloche, professeur à l’Université de Montréal.

« Il y a une logique là-dedans, dit-il. Les salaires versés aux employés québécois sont dépensés dans l’économie locale et reversés en impôts. [...] Si on fait sortir l’argent du pays, les dollars ne reviennent pas. Le coût réel est moins grand si on achète local que si on achète à l’extérieur. »

La Caisse fait valoir que la mise en place du REM aura un impact de 3,7 G$ sur le produit intérieur brut du Québec, et qu’au cours des derniers mois, Alstom a confié deux nouveaux mandats à son usine de Sorel-Tracy, en Montérégie : l’un provenant des États-Unis et l’autre du Chili.

Le tramway de Québec

Pour Bombardier, la perte du REM a fait particulièrement mal. Avec le resserrement des règles de contenu local aux États-Unis, l’usine de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, peut de moins en moins exporter au sud de la frontière.

D’ailleurs, l’entreprise ouvrira bientôt une usine en Californie.

La multinationale québécoise place maintenant tous ses espoirs dans le futur réseau de tramway de la ville de Québec, pour lequel l’exigence minimale de contenu local a été établie à 25 %.

EXPERTISE QUÉBÉCOISE

  • La province est un pôle manufacturier majeur en transport en commun avec la présence des usines d’autobus de Nova Bus et de Prevost ainsi que de l’usine de Bombardier Transport à La Pocatière.
  • L’usine de La Pocatière a produit les voitures MR-73 et Azur du métro de Montréal, la plupart des wagons des trains de banlieue de la région de Montréal ainsi que des centaines de voitures pour le métro de New York.
  • Faisant partie des plus importants constructeurs de trains au monde, Bombardier Transport a son siège nord-américain à Saint-Bruno-de-Montarville, sur la Rive-Sud, où l’entreprise compte environ 750 employés.

RETOMBÉES

  • Le contrat des 468 voitures Azur du métro de Montréal a donné du travail à environ 200 personnes à La Pocatière pendant un peu plus de quatre ans. Plusieurs ingénieurs avaient aussi été mis à contribution à Saint-Bruno-de-Montarville ainsi que des dizaines de travailleurs d’Alstom à Sorel-Tracy.
  • Chaque dollar dépensé en transport en commun génère des retombées économiques d’au moins 1,70 $, estimait en 2010 une étude commandée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Le contrat de la Caisse de dépot (CDPQ INfra) avec Alstom et SNC-Lavalin

  • 2,8 milliards $, dont 2,2 milliards $ pour Alstom
  • Production de 212 voitures en Inde
  • Portes palières
  • Systèmes de signalisation
  • Réseau wi-fi
  • Centre de contrôle
  • Équipements de maintenance
  • Exploitation et entretien pendant 30 ans