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Fanny Britt: pouvoir raconter le monde

Fanny Britt: pouvoir raconter le monde
Photo Chantal Poirier

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La dramaturge et romancière Fanny Britt étant l’une des invitées d’honneur du Salon du livre de Montréal, on a voulu en savoir plus sur ses lectures.

Qu’aimez-vous le plus, avec les livres ?

Ce que j’aime le plus avec les livres, c’est quand ils parviennent à nommer quelque chose du monde dans lequel on vit, de l’époque à laquelle ils ont été écrits ou de l’expérience humaine dans toute sa complexité et sa fragilité. La poésie le fait avec économie, l’essai le fait dans l’exposition et l’analyse, le roman le fait à travers des destins inventés –, mais tous ces livres cherchent à nommer l’existence, et c’est une chose qui me touche beaucoup.

Au fil des décennies, y a-t-il eu un auteur qui a compté plus que tout autre ?

Je triche : elles sont trois. Charlotte, Emily et Anne Brontë, trois sœurs écrivaines britanniques qui ont vécu durant la première moitié du 19e siècle dans le Yorkshire et qui n’ont pas eu le temps de produire beaucoup de livres pendant leur courte vie (Emily et Anne sont mortes à la fin de la vingtaine, Charlotte à 38 ans). Mais leur détermination farouche à franchir les obstacles mis dans leur chemin en raison de leur sexe et de leur situation familiale les a menées à écrire parmi les livres les plus marquants de la littérature anglaise, parmi lesquels Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent. J’admire leur force, leur intelligence, leur solidarité.

Fanny Britt: pouvoir raconter le monde
Photo courtoisie

Est-ce qu’il y a un livre qui, à un moment ou à un autre de votre vie, a été pour vous particulièrement important ?

Anne... La maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery a été un livre (une série de livres, en fait) primordial dans ma vie, parce que j’y découvrais une écriture réaliste et poétique à la fois, où l’on pouvait décrire une vie somme toute ordinaire en lui attribuant une envergure extraordinaire, ce qui m’a ensuite toujours intéressée à la fois comme lectrice et comme auteure. La détermination d’Anne à suivre son cœur et à réaliser son rêve d’écrire a eu un impact profond sur la fille que j’étais.

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Photo courtoisie

Si on vous demandait de dresser le top 5 de vos romans fétiches, lesquels choisiriez-vous ?

Jane Eyre – le grand classique de Charlotte Brontë, où l’intelligence, la débrouillardise et la résilience d’une jeune femme courageuse triomphent du monde injuste de l’Angleterre victorienne.

Mrs Dalloway – une œuvre virtuose de Virginia Woolf, dans laquelle on peut se plonger dans la psyché, les souvenirs et les tragédies d’un groupe de personnages à Londres au début du 20e siècle.

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L’œil le plus bleu – le premier roman de Toni Morrison, grande écrivaine afro-américaine, qui m’a soufflée quand je l’ai lu pour la première fois à l’adolescence. Je n’avais jamais vu une écriture aussi moderne, aussi stimulante, raconter une histoire aussi grave et aussi importante.

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Photo courtoisie

Février – Lisa Moore est sans doute mon écrivaine canadienne préférée, et j’ai eu la chance de traduire un de ses romans (le roman jeunesse Flannery). Quand j’ai découvert Février, j’ai été bouleversée par l’acuité de l’écriture et la manière majestueuse dont Lisa Moore racontait l’histoire banale, mais crève-cœur d’une mère de quatre enfants qui perd son mari dans un accident de forage à Terre-Neuve.

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Photo courtoisie

Transit – l’écrivaine anglaise Rachel Cusk a trouvé dans ce livre (et les deux autres livres de sa trilogie récente) une manière de raconter tout à fait originale. Le personnage principal ne révèle à peu près rien d’elle pendant toute la durée du roman, et c’est à travers les conversations du quotidien qu’elle a avec d’autres, du plombier au voisin à l’ancien amant rencontré par hasard dans la rue, qu’on finit par la connaître intimement.

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Photo courtoisie

Votre plus récente découverte ?

J’ai commencé à lire les essais de la féministe américaine Audre Lorde, décédée dans les années 80. Elle a été parmi les plus importantes voix à nommer et expliquer le féminisme intersectionnel, à travers des essais, mais aussi de la poésie et des romans, et son écriture est d’une grande lucidité et d’une grande beauté.

Avant de terminer, vous pouvez nous parler du livre que vous êtes en train de lire ?

La mort de Roi, un premier roman de Gabrielle Lisa Collard –, elle a une écriture très vive, drôle et sombre à la fois, et son récit réussit à être violent et attendrissant du même souffle, ce qui est rare et impressionnant.

Et celui que vous vous promettez de lire sous peu ?

La biographie d’Anne Hébert, Vivre pour écrire, de Marie-Andrée Lamontagne, récemment parue chez Boréal. J’admire beaucoup Anne Hébert et je serais heureuse de me plonger dans le récit de sa vie. Les vies d’écrivaines me fascinent depuis toujours, sans doute parce que je cherche à y trouver un sentier, un petit chemin semé de cailloux pour parvenir à faire durer cette vie irréelle et privilégiée de pouvoir raconter le monde.