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Le marécage

Le marécage
AFP

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Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises qu’il est germophobe ou mysophobe, il craint les germes et la saleté. N’est-il pas paradoxal de constater à quel point son entourage est loin d’être propre et que presque tout ce qu’il touche se salit?  

Pendant la campagne électorale et depuis le début de sa présidence, il promet de nettoyer le marécage. Ce marécage est bien réel et la vie politique américaine ne pourrait que bénéficier d’une telle opération. Pour l’instant, le président donne l’impression d’avoir gardé à son service tout ce qui se trouve dans les profondeurs bourbeuses.   

Bien avant les audiences publiques, plusieurs de ses collaborateurs ont été accusés et ils se trouvent derrière les barreaux. D’autres s’y retrouveront sous peu. Vous n’auriez pas déjà oublié les Flynn, Manafort, Gates, Papadopoulos et Cohen? Nous apprenions hier que le controversé Roger Stone, roi autoproclamé de la magouille, se joindrait à ce groupe de malfrats.   

Non seulement ces individus ont menti et triché de manière éhontée, ils sont presque tous liés de près ou de loin à la Russie ou à l’Ukraine, souvent aux deux. Six collaborateurs d’un même président derrière les barreaux, c’est en soi exceptionnel.   

À la lumière de ce que nous apprenions hier, il n’est pas impossible qu’on en ajoute à ce nombre. Les audiences publiques qui se déroulent au Congrès font ressortir le rôle particulièrement louche de Rudy Giuliani.    

Parallèlement, un procès contre deux associés de Giuliani alimente aussi le dossier de plus en plus lourd de l’avocat personnel du président. On a contourné les canaux officiels de communication pour servir les intérêts de Donald Trump au détriment de ceux des Américains que l’administration doit servir.   

Si l'on nous démontre de manière éloquente le comportement mafieux de l’entourage présidentiel, je mentionnais hier qu’on en apprend un peu plus sur le moral des diplomates compétents qui ne savent désormais plus comment effectuer le boulot dont ils sont pourtant les spécialistes.   

Je pourrais m’arrêter ici et nous aurions déjà un bilan troublant. Deux autres dossiers retiennent également mon attention.    

Donald Trump a décidé de demander à la Cour suprême de protéger ses déclarations d’impôts. Le procureur de Manhattan Cyrus Vance exige huit années de déclarations d’impôts dans le cadre de l’enquête qu’il mène sur le paiement frauduleux effectué à l’actrice de films pornographiques Stormy Daniels.   

Si dévoiler ses déclarations d’impôts est devenu une tradition pour les présidents américains, rien n’oblige le président actuel à respecter cette tradition. Il en va autrement quand il s’agit d’une requête d’un tribunal ou encore d’une demande de la chambre des représentants. Jusqu’à maintenant, Donald Trump refuse d’obéir aux deux instances. Le président n’a peut-être rien à cacher et il tente peut-être tout simplement de délimiter les limites de son territoire ou de ses prérogatives.    

Peu importe le motif, son refus constitue une remise en question de la séparation de pouvoirs. Je serais étonné que la Cour suprême protège l’exécutif des demandes du législatif ou du judiciaire dans ce dossier, mais comme la Cour est à majorité conservatrice, une surprise n’est pas impossible. Peu importe la décision, les constitutionnalistes vont la scruter à la loupe.   

L’autre dossier concerne un pouvoir présidentiel important, mais souvent controversé, celui du pardon présidentiel. Je pourrais relever bien des cas de pardons qui ont soulevé des questions. Ces exemples pourraient être tirés du bilan d’un président démocrate ou d’un républicain. Malgré les controverses, les pardons s’accompagnent habituellement d’un processus du département de la Justice. C’est de moins en moins le cas sous Donald Trump qui, fidèle à son habitude, les accorde de manière impulsive. Trop souvent à des accointances politiques.   

Nous apprenions hier que le président a utilisé son pardon dans le cas de trois criminels de guerre américains. Non seulement leurs gestes sont choquants, ils impliquent parfois des civils. Le Pentagone a même recommandé au président de ne pas procéder pour protéger la réputation et le code d’honneur des militaires. Plus inquiétant peut-être, on envoit le mauvais message aux hommes qui sont toujours déployés sur le terrain. Il est possible d’ouvrir le feu sur des civils et de les assassiner froidement.   

La semaine qui se termine, malgré son côté spectaculaire amplifié par les médias, ne nous aura pas appris beaucoup plus que ce que nous savions déjà. Ce qui en ressort principalement, c’est le cumul. Avons-nous encore besoin d’être convaincus du caractère criminel de cette administration? Espérait-on vraiment que l’éthique et la morale reprennent leur juste place? Combien croient encore que le président ne menace pas les fondements du système américain?   

Pour ma part, je me console en constatant que lorsqu’on le pousse dans ses derniers retranchements, le système ne craque pas. Les faits sont encore considérés et les lois respectées. Pour le bien des États-Unis et de leurs alliés dont nous sommes, souhaitons qu'il en soit toujours ainsi.