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Les F-150 ont voté pour toi

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Photo d'archives, Agence QMI Cracher bêtement sur l’industrie canadienne du pétrole n’est pas une attitude utile à long terme pour le chef du Bloc

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Personne ne demande à Yves-François Blanchet de devenir un défenseur de l’unité canadienne. Cependant, il doit éviter de jeter de l’huile sur le feu dans le dossier de la péréquation. Piquer au vif les provinces de l’Ouest qui sont déjà en beau fusil ne peut que mal tourner pour le Québec.

Les chiffres sont têtus. Malgré de récents succès économiques, nous sommes encore nettement plus pauvres que la moyenne canadienne. À cause de cela, nous ne fournissons que 18 % des revenus du gouvernement canadien, malgré que le Québec représente 23 % de la population du pays. Quant à la péréquation, le programme d’aide aux plus pauvres, nous en recevons 55 %.

En résumé, la situation actuelle devrait nous satisfaire, et surtout, nous devrions comprendre que toute réforme de la formule de calcul de la péréquation aboutirait à des pertes en milliards pour le Québec. D’où notre intérêt à ne pas asticoter les provinces qui menacent de faire une guerre pour une révision du partage.

Transition

Le Bloc, comme tous les partis qui préconisent une lutte aux changements climatiques, soutient l’idée d’une transition énergétique. Sur quelques décennies, disons trois ou quatre, il faudrait laisser progressivement tomber les hydrocarbures et miser sur des énergies moins polluantes.

La notion de transition implique néanmoins que, pour encore plusieurs années, la quantité de pétrole consommée annuellement sera considérable, même si elle est en décroissance. Elle ne tombera pas à zéro soudainement. Alors si nous savons que des millions de nos concitoyens honnêtes vont se déplacer ou chauffer grâce au pétrole, pourrions-nous changer le langage ?

Le pétrole sale ! Le Canada pétrolier ! L’obsession du pétrole des gens de l’Ouest ! Du langage bassement politique, pour plaire à une clientèle électorale simpliste. Le langage compte. Si nous empruntions un langage moins absurde, peut-être pourrions-nous aborder de manière plus logique la transition énergétique.

Les électeurs du Bloc

Dans le cas du Bloc québécois, le choix du langage m’apparaît particulièrement pertinent. Une bonne partie des succès électoraux du Bloc fut obtenue où ? En Abitibi, sur la Côte-Nord, en Gaspésie, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Des régions forestières et agricoles qui comptent plus que leur part de grosses camionnettes. Des régions où, pour le travail ou pour affronter le climat, on réquisitionne des véhicules qui brûlent passablement de ce pétrole sale qui fait grimacer le chef.

Les dernières décennies de prospérité du Canada furent alimentées notamment par le pétrole. La transition énergétique pour un pays comme le nôtre signifie aussi une transformation économique, des pertes énormes, des déplacements de l’emploi. Ces sujets devront être débattus sérieusement, et la position du Québec ne peut pas se limiter à dire bêtement « Ça ne nous concerne pas et ça nous écœure, nous, ce pétrole sale ».

Chaque parti politique doit participer au débat sur les solutions aux changements climatiques. Il me semble qu’un minimum d’ancrage dans la réalité s’impose. On ne peut se contenter de se draper dans une vertu verte. Surtout lorsqu’on jouit du vote des F-150.