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Les vengeances meurtrières

La mort de Roi, Gabrielle Lisa Collard, Le Cheval d’août, 144 pages
Photo courtoisie La mort de Roi, Gabrielle Lisa Collard, Le Cheval d’août, 144 pages

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C’est l’histoire d’une tueuse, un assassin au féminin, un monstre comme elle le dit d’elle-même. Mais un monstre terriblement humain.

Gabrielle Lisa Collard, journaliste de profession, signe La mort de Roi, un premier roman qui met en scène un personnage déroutant : une jeune trentenaire prénommée Max.

Max est à la fois antipathique et attachante, sûre de ses gestes et complexée, sensible et implacable, solitaire et pourtant bien avec son amoureux et auprès de son chien Roi qu’elle adore.

Surtout, il y a en elle cette bizarre pulsion : fouiller la vie des autres, et ce de manière très concrète.

Enfant, elle passait des heures à observer ses voisins ; adolescente, elle entrait en douce dans les maisons du quartier pour en renifler tous les recoins - avec la forte envie de tout bousiller. C’est qu’elle a un regard très noir sur le monde cette Max secrètement révoltée !

Lien unique

L’arrivée de Roi calmera ses élans : un chien, ça aime sans condition, ce qui donne envie de rester « du côté des gentils » - un lien unique que l’auteure décrit très finement. Alors Max s’apaise : elle a 19 ans, elle fait sa vie.

Mais un jour, des années plus tard, Roi meurt, et tout dérape, cette fois pour de bon. Jouer à l’humain le jour, mais avoir des envies de meurtre la nuit, quand les humiliations remontent à la surface. Or pour Max, celles-ci sont nombreuses : des moqueries subies depuis l’enfance à cause de son poids, sans oublier les tripotages et les vulgarités lancées.

Le moment est donc venu de se venger. Ce sera raconté avec une minutie de détails.

Le talent de Gabrielle Lisa Collard, c’est que même dans les passages les plus durs, elle réussit à humaniser sa narratrice. Pas parce qu’elle la prend en pitié ou la transforme en justicière, mais en faisant voir les contradictions qui l’habitent. La cruauté, ici, vient avec une prise de conscience. « Je suis ma pire ennemie », constate Max.

On croit donc sans peine que la mort de Roi, son armure contre le monde, la fasse vaciller. Elle n’a plus rien pour contenir son monstre intérieur face au gars du voisinage qui l’a déjà collée de trop près, ou cet autre qui lui lance qu’il n’a « jamais essayé ça, une grosse » - oh ! que « l’essai » lui réservera des surprises..., sans lui laisser de souvenirs !

On est à la fois intrigué et accroché par une vengeance aussi assumée. D’autant que les hommes tués n’ont rien de flamboyant : juste la médiocrité ordinaire qui se nourrit de mesquinerie envers les autres, et dont les femmes sont victimes au premier chef.

Ce fond de scène fait précisément l’intérêt de ce roman particulier, qui prend prétexte de la mort d’un chien pour fendre le vernis social qui cache tant de bêtises humaines et autant de colères tapies au fond des cœurs.