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M. Roberge, arrêtons le tripotage!

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge
Photo d'archives, Jean-Francois Desgagnés Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

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J’ai un copain qui est prof au cégep. Par curiosité, je lui demande­­­ ses plans de cours.

Je lis et je suis étonné : des thèmes costauds, des lectures exigeantes.

Je lui demande : ça se passe comment ?

Réponse : j’ai un taux d’échec qui tourne autour de 40 %, et je refuse le nivellement par le bas parce que des étudiants trouvent cela difficile ou parce qu’ils priorisent un boulot de 25 heures par semaine.

Anticipant ma question suivante, il m’explique qu’il est perçu comme un « élitiste » par certains collègues et comme un trouble-fête par la direction.

Généralisé

Si l’on compare cependant sa situation à celle d’un prof du secondaire, mon copain admettrait qu’il s’en sort plutôt mieux.

Aux paliers antérieurs, le tripotage des notes, dans le dos du prof ou après qu’on lui a mis de la pression pour qu’il cède, est généralisé.

Quand l’actuel ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, lui-même enseignant, était dans l’opposition, il s’insurgeait contre cette pratique.

Sitôt nommé, il lança une directive ordonnant que les notes de 58 % ou 59 % ne soient plus automatiquement transformées en un 60 %, qui est la note de passage.

Oui, jusque-là, le ministère changeait systématiquement TOUS les 58 % ou 59 % aux examens ministériels pour les porter à 60 %.

Le prédécesseur de M. Roberge, le libéral Sébastien Proulx, parlait de « traitement statistique », « marge d’erreur » et « facteur humain ».

Personnellement, à l’université, quand j’estime qu’un étudiant ne mérite pas de passer, je me donne une marge de quelques points pour éviter un chipotage, certes frustrant pour l’étudiant, sur un point.

Mais le ministère, lui, haussait mécaniquement, pas à la pièce, pour assurer la « réussite » de tous les cas limites.

Or, dans le projet de loi 40, présentement à l’étude à l’Assemblée nationale, il est dit, à l’article 34, que, s’il n’y a plus de « majoration automatique » d’un résultat, le directeur d’école pourra « exceptionnellement », « après consultation de l’enseignant », majorer un résultat s’il a des motifs « raisonnables ».

Les syndicats de profs ont raison de s’insurger.

D’un côté, le gouvernement dit vouloir revaloriser la profession enseignante et, de l’autre, il mine l’autorité et l’autonomie du prof en permettant cette possibilité.

Comprenons-nous : que le directeur se renseigne sur le cas de la petite Jade-Alexia est une chose, qu’il puisse imposer une nouvelle note alors qu’il ne l’a pas suivie de près en est une autre.

Non !

Retournons aux mots du projet de loi : que faut-il entendre par « après consultation », « exceptionnellement », « motifs raisonnables » ?

Lors de cette « consultation » du prof, le directeur d’école aura le gros bout du bâton.

Je vous garantis que les cas « exceptionnels » se multiplieront, et que des tas de motifs deviendront « raisonnables ».

On voudra acheter la paix avec ces parents qui pensent que leur enfant est « différent », ou qu’il existe un « droit » à la réussite.

Le directeur, lui, pourrait craindre d’être mal vu si son école affiche de « mauvais » résultats.

Il faut revoir cet article !