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Pénurie de main-d’œuvre... en politique

La pénurie de main-d’œuvre se fait ressentir jusque dans les cabinets politiques.

Bloc parlement de Québec
Photo d'archives, Simon Clark

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À en croire les affichages de postes ces jours-ci sur le site web de recrutement Isarta, la pénurie de main-d’œuvre se fait ressentir jusque dans les cabinets politiques. En ce moment, pas moins de trois postes sont affichés sur la populaire plateforme.

Alors qu’il n’y a pas si longtemps on se bousculait pour gagner une place en cabinet, il semble que certains élus sont maintenant prêts à embaucher à peu près n’importe qui.

Derniers recours

Comme elle semble loin l’époque où la politique faisait rêver. Celle où les candidatures spontanées abondaient dans les bureaux de ministres et de députés. L’époque où les commissions jeunesse des partis politiques étaient des pépinières à attachés politiques.

Elle est encore plus lointaine l’époque où les postes d’attachés de presse et de conseillers politiques étaient réservés à des têtes grises, des vrais seniors, des éminences, des gens d’expérience.

Depuis quelques années, il devient de plus en plus difficile d’embaucher du personnel qualifié dans les cabinets politiques. D’ailleurs, ça commence à se faire sentir dans les performances des élus, de moins en moins bien encadrés.

Faut-il blâmer le cynisme pour cette désaffection envers les postes politiques? Faut-il déplorer la méconnaissance du travail d’attaché politique ou doit-on plutôt, au contraire, penser que désormais, les candidats ne souhaitent plus occuper des postes aussi exigeants? 

Quelle qu’en soit la raison, certains élus en sont rendus à afficher leurs postes vacants sur des plateformes de recrutement grand public. Même en entreprise privée, ces plateformes, très coûteuses, sont perçues comme une solution de dernier recours.

Exit la partisanerie, il faut ce qu’il faut. Embaucher n’importe qui, c’est mieux que de n’embaucher personne !

Publicité trompeuse

J’avoue que j’ai souri quand je suis tombée sur l’affichage d’un poste à pourvoir au bureau de l’Assemblée nationale à Saint-Hyacinthe.  

Il n’y a pas de récente division de l’Assemblée nationale à Saint-Hyacinthe. Ce qu’il y a à Saint-Hyacinthe, c’est le bureau de circonscription de la députée de la CAQ qui siège à l’Assemblée nationale. Or, son affichage de poste n’en dit rien si ce n’est de l’apparition, dans une parenthèse, du mot députée. 

Nulle part on n’indique pour qui l’employé travaillera (Chantal Soucy) et nulle part on ne fait mention de convictions, de valeurs ou de militantisme. La députée pourrait se justifier en plaidant qu’elle a un certain devoir de réserve parce qu’elle occupe le poste de vice-présidente de l’Assemblée nationale, mais personne n’y croirait. 

On me dit que l’Assemblée nationale exige que les affichages portant son logo ne nomment pas de parti politique, soit. Mais est-ce que ça explique pourquoi l’affichage parle d’entreprise plutôt que d’organisation ou de parti (sans le nommer)? Il y a là la marque de commerce de la Coalition avenir Québec, ce parti d’entrepreneurs sortis de nulle part qui voudraient gérer l’État comme on gère une PME.

On voit la même chose dans l’affichage du député de Bourget, Richard Campeau, qui pousse l’audace jusqu’à afficher un poste d’attaché politique comme s’il s’agissait d’un poste de coordonnateur à la vie communautaire. Si ça, ce n’est pas de la fausse représentation, je ne sais pas ce que c’est. 

Le seul affichage en cours en ce moment qui soit moindrement transparent, c’est celui du Parti québécois qui souhaite embaucher un employé pour son service de recherche. D’une part, le poste est vraiment à l’Assemblée nationale et on y mentionne rapidement pour qui l’employé va travaille. Oh miracle !, on y parle aussi de l’importance d’adhérer aux valeurs et au programme du parti. 

Dans le cas du PQ, on peut comprendre que les candidatures se font plus rares. Le parti est en reconstruction, il n’a pas de chef et son budget est certainement plus restreint que celui de la CAQ. Un affichage élargi s’explique assez facilement quand une organisation désire attirer du sang neuf, explorer de nouvelles avenues et se rebâtir complètement.

Pour la CAQ, ces affichages démontrent surtout la faiblesse de l’organisation sur le terrain. N’ayant pas de militants de longue date, n’ayant que peu de réseau, le parti peine à attirer des candidatures maintenant que tous les péquistes et libéraux aux valeurs «flexibles» ont défroqué. 

Engagez-vous, qu’ils disaient !

Par contre, «Si la vie vous intéresse» comme le disaient les Forces armées canadiennes, pensez-y à deux fois. En politique, les heures supplémentaires ne sont pas payées et les semaines de 65 heures sont fréquentes (à une certaine époque, on appelait ça des petites semaines). Envie de consacrer votre vie au service public? La porte est grande ouverte!