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La Libye, terrain de toutes les guerres

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On peut passer à autre chose, la guerre en Syrie a été perdue, à la fois, par les forces démocratiques et les extrémistes musulmans. La dictature de Bachar al-Assad va survivre grâce au soutien de la Russie. Moscou s’est trouvé un autre bourbier où exercer son influence : les Libyens n’ont qu’à bien se tenir. 

La Libye est un autre de ces grands projets occidentaux qui ont tourné à la catastrophe. En 2011, poussés par le vent de changement du « Printemps arabe », la France et le Royaume-Uni, avec la caution de l’ONU, ont utilisé la puissance militaire de l’OTAN pour protéger les contestataires libyens de la menace que faisait alors peser sur eux Mouammar Kadhafi. 

Le mandat n’était pas de renverser l’excentrique despote, mais peu importe, c’est ce qui s’est produit et le pays s’est vite enfoncé dans l’anarchie. Un gouvernement central, soutenu par les Nations Unies, s’est installé à Tripoli, mais des poches d’insurgés ont maintenu la Libye, depuis huit ans, en perpétuel état de guerre civile. 

Le grand pays nord-africain souffre doublement de servir de terrain de lutte aux puissances régionales – la Turquie et l’Arabie saoudite, notamment – et de ne pas pouvoir compter sur un engagement ferme des États-Unis. En fait, les Libyens sont victimes, à leur tour, du désastre de l’invasion de l’Irak en 2003. 

QUAND MOSCOU S’EN MÊLE 

On ne soulignera jamais assez le traumatisme absorbé par les Américains à la suite de l’interminable guerre afghane et plus encore, de la meurtrière intervention militaire en Irak. On peut tout reprocher et son contraire à Donald Trump, mais sur l’idée de ne plus impliquer les troupes américaines dans de nouveaux conflits, il est en phase avec ses compatriotes. 

La nature ayant horreur du vide, ce sont les Russes qui sont en train de prendre la place que les Américains – et les Occidentaux, de manière plus large – ne veulent pas occuper. Le New York Times a récemment estimé que 200 mercenaires du Groupe Wagner, une société privée russe appartenant à un proche de Vladimir Poutine, sont venus soutenir les forces du général rebelle Khalifa Haftar, bouleversant la dynamique de la guerre civile libyenne. 

Les Wagner, comme on les appelle plus simplement, se sont montrés terriblement efficaces en Syrie et dans l’est de l’Ukraine, mais on les croise aussi au Venezuela, en République centrafricaine et ailleurs en Afrique. L’influence que recherche le Kremlin a l’avantage d’être clair : installer au pouvoir des dirigeants autoritaires qui feront son jeu dans la région. 

BOUILLON D’EXTRÉMISTES 

Le général Khalifa Haftar
Photo AFP
Le général Khalifa Haftar

Pas que les Russes soient les seuls étrangers à faire le trouble ! Le général Haftar est armé, entre autres, par l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Le reste de la communauté internationale, lui, est supposément derrière le gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj, mais concrètement, c’est la Turquie qui maintient à flot les forces de Tripoli. 

Une capitale qui désespère de rétablir son autorité sur l’entièreté du pays, alors que, selon Fathi Bashagha, le ministre de l’Intérieur, la « guerre par procuration » qui se livre en ce moment en Libye condamnera le pays à devenir « un refuge pour terroristes et autres extrémistes ». 

S’adressant au média en ligne Axios, Bashagha a appelé à l’implication de Washington, mais il rêve en couleurs. Le prochain sommet de l’OTAN aura lieu dans deux semaines à Londres et la Maison-Blanche, vendredi, a résumé ses priorités en une centaine de mots : un meilleur partage des coûts entre membres de l’alliance miliaire et des efforts accrus pour ne pas laisser le Chinois Huawei dominer le développement des réseaux 5 G. 

Plus question, huit ans et tout un merdier plus tard, de s’immiscer dans les affaires libyennes ! 

La Libye, entre mer et désert 

Population  

  • 6,8 millions d’habitants 
  • Plus de 90 % des Libyens vivent sur moins de 10 % du territoire le long de la côte méditerranéenne  

Superficie  

  • 1,76 millions km² (16e plus grand pays au monde) 
  • Plus de 90 % du territoire est désertique  

Ressources  

  • 48 milliards de barils en réserve de pétrole 
  • 1500 milliards de m³ de gaz naturel