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Profilage racial: un Montréalais veut poursuivre la Ville et un policier

Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, et Alain Babineau, conseiller de l'organisme, entourent Rivelino Bélizaire, un agent de sécurité du Cégep Ahuntsic qui dit avoir été victime de profilage racial de la part du policer du SPVM.
ÉTIENNE PARÉ/AGENCE QMI Fo Niemi, directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales, et Alain Babineau, conseiller de l'organisme, entourent Rivelino Bélizaire, un agent de sécurité du Cégep Ahuntsic qui dit avoir été victime de profilage racial de la part du policer du SPVM.

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MONTRÉAL | Un Montréalais d’origine haïtienne veut poursuivre la Ville de Montréal pour 15 000$, s’estimant victime de profilage racial de la part d’un policier qui s’est montré particulièrement insistant à son endroit pour une histoire de signalisation piétonne.  

Le 4 février 2016, Rivelino Bélizaire, qui est agent de sécurité au Cégep Ahuntsic, a reçu un constat d’infraction des mains d’Éric Locas, un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), parce qu’il n’avait pas traversé la rue au passage piéton.  

Le ton a rapidement monté entre les deux hommes parce que M. Bélizaire n’avait pas ses pièces d’identité. Lors de l’échange, l’agent Locas a considéré que son interlocuteur lui a manqué de respect, à un point tel qu’il a décidé d’entrer dans le collège pour aller informer le patron de M. Bélizaire de ce qui venait de se passer. Il n’a pas pu le rencontrer cette journée-là, mais il a tout de même cru bon de revenir le lendemain.  

«Il a fallu que j’explique pendant des mois pourquoi le policier était là. Un moment donné, je ne voulais même plus sortir du bureau. J’étais mal à l’aise d’aller travailler», a confié Rivelino Bélizaire.  

L’agent de sécurité dit aussi s’être senti humilié quand le policier lui a demandé à quatre reprises d’épeler son nom.  

«Il dénigrait mon nom. On voyait qu’il se moquait», a-t-il poursuivi dimanche lors d’une conférence de presse, aux côtés du militant bien connu Fo Niemi, le directeur général du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).  

Blâmé à deux reprises  

Le CRARR représente M. Bélizaire dans ce dossier et demande 15 000$ en dommages moraux à la Ville de Montréal et 3000$ en dommages punitifs à Éric Locas.  

Les montants sont ceux recommandés par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui appuie leur version des faits dans un rapport présenté aux médias.  

Quant au Comité de déontologie policière, il a aussi sévèrement blâmé le policier, qui a été suspendu pour douze jours ouvrables. Après une vingtaine d’années de service, l’agent Locas aurait dû savoir que d’aller informer le patron de M. Bélizaire était une violation de la vie privée, stipule entre autres la décision du comité rendue en août 2017 et confirmée en appel en janvier 2018.  

Pas la première fois  

Ce n’est pas la première fois que le policier Éric Locas est sur la sellette pour son comportement. Depuis 2002, il est passé pas moins de cinq fois devant le comité de déontologie de sa profession. Après avoir été sanctionné pour son intervention auprès de Rivelino Bélizaire, il a été de nouveau suspendu, cette fois pour 20 jours. Cette fois-ci, on lui reprochait notamment d’être entré en contact avec une femme qui avait déposé une plainte contre lui.  

Cette dernière est d’origine arabe, et la plupart des personnes avec qui il a eu des démêlés au cours de sa carrière étaient issues des communautés culturelles, selon Fo Niemi, qui y voit clairement un «pattern».  

«Où était le SPVM ces 17 dernières années? On continue à le mettre sur le terrain, et il continue d’être trouvé coupable. On ne demande pas qu’il soit renvoyé, mais au moins qu’il ne soit plus dans le public», a ajouté Alain Babineau, ancien policier aujourd’hui conseiller du CRARR, qui était aussi présent lors de la conférence de presse.  

L’Agence QMI a contacté dimanche le SPVM et la Fraternité des policiers, en vain. Il n’a donc pas été possible de savoir si Éric Locas était toujours en service.