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La Montréalaise

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Simon Clark

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Dominique Anglade est la première candidate déclarée dans la course à la direction du Parti libéral du Québec. Tout le monde s’entend pour dire que le PLQ devra absolument reconnecter avec les francophones, et recommencer à rayonner hors de la région de Montréal et des alentours. Est-ce que Dominique Anglade en est capable? 

Le défi est grand. L’élection partielle dans Jean-Talon va être un gros test pour un PLQ sans chef, sans identité, sans ligne directrice. Le Parti risque fort de perdre ce château fort et ainsi, leur dernier comté à l’est de Mille-Îles. 

Dominique Anglade est une candidate qui, pour l’instant, nous apparait comme l’archétype montréalais. L’ingénieure de formation est élue dans Saint-Henri—Saint-Anne, à Montréal. Juste avant de devenir ministre de l’Économie en 2015, elle était PDG de Montréal International. 

Cela ne veut pas dire que Dominique Anglade ne sera pas capable d'y arriver, mais en attendant des propositions concrètes qui soient mises sur la table, évidemment, nous sommes dans nos perceptions.

Anglade était aussi un élément important du gouvernement Couillard – Elle en était même la vice première ministre – gouvernement qui n’aura certainement pas laissé sa marque pour son affirmation nationale : Très frileux à revendiquer la société distincte, plutôt mou dans ses demandes au fédéral, peu enclin à défendre la langue française, rapide sur la gâchette pour traiter les fervents de la laïcité d’intolérants, et ouvert à signer une constitution canadienne qu'aucun premier ministre n'avait accepté auparavant. 

Il va sans dire que ce positionnement a eu une influence sur la défaite électorale des libéraux en 2018. Cela n’explique pas tout, mais cela fait partie de l’équation.

Quand la vieille garde propose du changement

Il est normal lors d’une course à la chefferie qu’il y ait une certaine dose de rupture avec le passé. Mais avouons que c’est plus difficile de le faire quand on était soi-même dans le gouvernement duquel on souhaite se détacher. 

Prenons l’exemple de la course à la direction de 2014-2015 au Parti Québécois. Les candidats souhaitaient, pour plusieurs, adopter des positions plus écologistes face aux hydrocarbures. Comment des candidats qui avaient été ministres du gouvernement Marois, celui-là même qui avait annoncé un programme d’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti, pouvaient-ils désormais s’y opposer? Cloutier, Ouellet et Lisée se sont peu à peu détachés des positions de leur précédent gouvernement sur Anticosti et la charte des valeurs, principalement.

À ceux qui sont tentés de s’éloigner trop brusquement d’un passé auquel ils appartenaient... attention.

Lors de la course à la direction de 2016, Martine Ouellet s’est cassé les dents lors des débats lorsqu’elle a tenté de mettre Alexandre Cloutier devant ses contradictions concernant Anticosti, lui reprochant d’avoir voté sur une motion appuyant trois forages sur Anticosti (alors qu’elle s’était carrément sauvée lors du vote!). Alexandre Cloutier lui avait alors répondu : «Ce qui m’agace profondément, Martine, c’est que c’est toi qui était ministre des Ressources naturelles. C’est toi qui as signé le contrat. C’est toi qui l’as défendu et qui l’a porté». Ouch.

Pas facile de proposer du changement sans se faire reprocher le passé. 

Un candidat qui arrive de l’extérieur part avec un désavantage dans une course à la direction. C’est plus difficile d’avoir des appuis au caucus, plus difficile d’avoir de l’attention médiatique si accessible lorsqu’on est à l’Assemblée nationale. Philippe Couillard avait gagné sans être député, mais il avait été ministre de la Santé. Il était très connu du grand public et de ses collègues. 

Dominique Anglade connaît un bon début de campagne. Elle a d'ailleurs reçu l'appui de nombreux députés de son caucus. Alexandre Cusson est une candidature certes intéressante, mais la pente sera raide pour lui, qui n’est pas connu de monsieur madame tout le monde et des militants. Pour ce qui est de Marwah Rizqy, il semble que sa réflexion se poursuive mais, étant une joueuse plus solitaire que solidaire, il sera difficile pour elle d’aller chercher du soutien et l’appui des membres pour prendre les rênes du parti. 

Le Parti libéral n'a toujours pas trouvé son sauveur.