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L’Iran, paradis de la corruption

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 L’Iran vient de joindre la liste de plus en plus longue des pays où le peuple descend dans les rues. Comme ailleurs, les Iraniens manifestent leur colère contre la corruption. 

 Le leader suprême iranien peut bien accuser le sabotage des pays étrangers. Le fond du problème est que l’économie iranienne est très corrompue, et depuis longtemps. 

 Cette corruption est encore plus puante quand elle émane de dirigeants religieux qui se drapent dans de grands principes et qui font la leçon aux autres. 

 Une économie contrôlée par des religieux 

 Une partie de l’économie iranienne est directement entre les mains des chefs religieux. Or, les entreprises qui appartiennent aux chefs religieux sont au-dessus des lois. 

 La puissance économique des chefs religieux provient de deux sources. 

 D’abord, ils ont récupéré les fonds pour la charité qui existaient au temps du shah d’Iran. Ces fonds réunissent 120 organisations qui œuvrent dans tous les secteurs. Ils sont exemptés d’impôt et compteraient pour 20 % de l’économie iranienne. 

 Ensuite, les religieux ont exproprié leurs opposants et les Iraniens qui ont fui le régime. Les chefs religieux sont ainsi parvenus à former un vaste consortium d’une quarantaine d’entreprises qui travaillent dans l’immobilier, la finance, le pétrole ou les télécommunications. Ces entreprises répondent directement au leader suprême. 

 Les entreprises protégées par les dirigeants religieux ont la réputation d’être inefficaces et hypercorrompues. 

 L’Iran se classe d’ailleurs au 42e rang des pays les plus corrompus, selon Transparency International. 

 Classe moyenne au tordeur 

 Évidemment, monsieur et madame Tout-le-Monde ne profitent pas de cette corruption étendue. Le taux de chômage est élevé, en particulier chez les jeunes, et l’inflation dépasse les 10 %. 

 Mais comme dans tous les pays corrompus, il faut bien que quelqu’un paie les impôts à la place de ceux qui n’en paient pas assez. 

 Devinez qui paie. La classe moyenne, dont les taux d’imposition avoisinent les 50 %. 

 Mais les impôts de la classe moyenne ne suffisent plus. Les sanctions économiques du gouvernement américain ont fait rétrécir la taille de l’économie iranienne de 10 %. En plus, la monnaie nationale, le rial, a perdu 60 % de sa valeur, ce qui rend les produits importés hors de prix. 

 Quoi faire ? Le gouvernement iranien vient, entre autres, de couper substantiellement l’aide aux familles et d’augmenter les prix à la pompe de 50 %. 

 Ce sont ces dernières mesures qui ont décidé les Iraniens à descendre dans les rues pour manifester. 

 Les manifestations ont été sévèrement réprimées par la police. Les réseaux internet ont été en bonne partie suspendus. 

 Mais le mécontentement de la population est de plus en plus fort. Évidemment, les chefs religieux ne vont pas renoncer à leurs privilèges. Ils ne vont pas non plus laisser tomber les entreprises corrompues qu’ils protègent. Après tout, les élites iraniennes reçoivent une quote-part de cette corruption. Elles ont donc intérêt à soutenir les chefs religieux. Sans le soutien des élites, que resterait-il du pouvoir des chefs religieux iraniens ? 

 Les Iraniens rejoignent ainsi les Haïtiens, les Algériens ou encore les Libanais, qui eux aussi ont compris que leurs élites incompétentes et corrompues jusqu’à la moelle sont la principale cause de leurs malheurs économiques.