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Une fin de vie «atroce» à la Cité-de-la-Santé de Laval

Des membres d'une famille dénonce les soins qu’a reçus leur mère la journée de sa mort

GEN  -  CAROLINE DUPUIS ET CLAUDE LEGAULT
Photo MARTIN ALARIE Caroline Dupuis, avec son conjoint Claude Legault, dénonce les soins qu’a reçus sa mère à l’hôpital de Laval, afin d’éviter qu’une telle situation se reproduise.

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Une femme de Terrebonne dénonce la fin de vie «atroce» qu’a vécue sa mère de 72 ans sous les soins de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval, et veut à tout prix éviter qu’une telle situation se répète. 

Accablée depuis des mois par des problèmes de santé qui s’aggravaient, Theresa Malo a été transportée à l’urgence le 6 juin. Elle est décédée le jour même à la suite d’événements qui font maintenant l’objet d’une enquête de la Cité-de-la-Santé et du Bureau du coroner. 

Theresa Malo
Photo courtoisie
Theresa Malo

«Ma mère ne devait pas mourir cette journée-là. [...] C’est complètement aberrant. On lui a volé sa dignité», tranche sa fille Caroline Dupuis, encore assaillie de cauchemars des mois plus tard. 

Deux jours avant son décès, sa mère avait appris qu’elle souffrait d’un cancer du poumon avancé, avec des métastases aux os. Mais comme l’aînée refusait des traitements de chimiothérapie, l’oncologue lui aurait dit qu’elle ne pouvait pas l’hospitaliser, selon sa fille. 

Sa mère, amaigrie et déshydratée, qui vomissait du sang, avait été renvoyée chez elle, avec des médicaments contre la douleur, comme du Fentanyl. 

Elle avait notamment un timbre sur le bras quand les ambulanciers l’ont amenée à l’urgence. La famille soutient qu’une infirmière a alors injecté d’autres médicaments calmants à la mère, sans vérifier ses prescriptions et ce qu’elle avait déjà pris. 

Inconsciente 

Rapidement, Mme Malo est devenue somnolente, puis impossible à réveiller. Un médecin en soins palliatifs a néanmoins tenu à rassurer les membres de la famille. Leur mère avait encore quelques mois devant elle, leur aurait-il dit. 

Ses proches souhaitaient qu’elle reste à l’hôpital. Mais on leur aurait répondu qu’il n’y avait pas de lits disponibles. On leur propose finalement un transfert en CHSLD pour du répit.  

Elle a notamment été blessée lors d’un transport en chaise roulante.
Photo courtoisie
Elle a notamment été blessée lors d’un transport en chaise roulante.

La dame était toujours inconsciente quand un taxi est venu la chercher. Elle ne s’est pas réveillée non plus quand le chauffeur l’a installée dans un fauteuil roulant, sans l’attacher. En route vers le véhicule, son bras s’est accroché dans la roue et tout un morceau de peau de son bras a été arraché. Mme Malo était toujours endormie. 

Elle est finalement arrivée au CHSLD avec les mains et les pieds bleus, d’après ses proches présents.  

À peine 30 minutes avant, tous les membres de la famille avaient été appelés par Mme Dupuis pour leur dire qu’un médecin donnait encore plusieurs semaines à vivre à sa mère. Mais elle est morte quelques heures plus tard. 

«Si on pouvait réécrire l’histoire, on le ferait», soutient Geneviève Goudreault, directrice de la qualité, de l’évaluation, de la performance et de l’éthique de l’hôpital. 

Recommandations secrètes 

Elle assure qu’un processus d’analyse a eu lieu, menant à des recommandations, qui ne sont toutefois pas publiques. Elle a refusé de discuter du cas de Mme Malo par confidentialité, puisqu’étant morte, elle ne pouvait pas donner son consentement. 

La famille a porté plainte à l’hôpital, mais les réponses obtenues l’ont laissée perplexe.  

«On ne blâme pas l’humain, on blâme la structure. [...] Les compressions budgétaires, le manque de lits», énumère Mme Dupuis. Les contraintes administratives ont le dos large, selon elle. 

«Ça ne doit pas rester sous silence, rage-t-elle. Comment ont-ils pu laisser partir une femme dans cet état?»