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L’appui à la destitution de Trump déjà majoritaire dans l’opinion publique

L’appui à la destitution de Trump déjà majoritaire dans l’opinion publique
AFP

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Après une semaine d’audiences publiques au Congrès, une courte majorité des Américains favorise la destitution de Donald Trump, mais la tendance ne bouge pas facilement. 

Alors que s’amorce la deuxième semaine d’audiences publiques au Congrès pour exposer les dessous de l’affaire ukrainienne, l’opinion publique américaine penche vers la destitution du président Trump, mais l’étendue de ses mouvements demeure modeste. Alors que les témoignages indiquent de plus en plus clairement que le président a abusé de son pouvoir en demandant au gouvernement ukrainien d’instaurer des enquêtes qui avaient nettement pour but de favoriser sa campagne électorale en vue de l’élection de 2020 et que les arguments à la défense de Donald Trump s’avèrent de plus en plus minces, voire inexistants, les éléments fondamentaux de l’affaire commencent à percer les murs épais de l’indifférence et de la désinformation.  

Majorité favorable à la destitution 

Un sondage Ipsos/ABC News mené en fin de semaine et publié lundi estime à 70% la proportion des Américains qui jugent que les actions du président Trump étaient inappropriées (wrong), alors que seuls 25% sont d’avis qu’il n’a rien fait de mal. C’est mauvais signe pour Donald Trump, qui se démène comme un diable dans l’eau bénite en martelant constamment que ses actions en rapport avec l’Ukraine étaient parfaites et irréprochables. Manifestement, ce message n’atteint que le noyau irréductible de sa base partisane.  

Pour une courte majorité de 51%, le président Trump mérite la mise en accusation (impeachment) et la destitution. Ceux qu’il faudra surveiller dans les prochaines semaines, toutefois, sont les électeurs qui croient que le président a mal agi dans sa relation avec l’Ukraine, mais que ses actions ne justifient pas sa destitution. De ce nombre, 13% croient que les actions de Trump étaient inappropriées mais ne justifient ni son impeachment ni la destitution, alors que 6% souhaitent qu’il soit mis en accusation par la Chambre des représentants mais ne souhaitent pas qu’il soit reconnu coupable par le Sénat et démis de ses fonctions.  

Le sondage Ipsos indique aussi que 58% des répondants disent avoir suivi les audiences et être attentif au processus en cours, mais seuls 21% se sont fait une idée sur la chose suite aux premières audiences, alors que la grande majorité était déjà fixée sur le sort favorisé pour le président.  

L’opinion bouge, mais pas vite 

Dans l’ensemble, la tendance de l’opinion telle que mesurée par l’agrégation des sondages publics de FiveThirtyEight révèle très peu de mouvement dans l’opinion. Selon cette somme des sondages, les première révélations dans l’affaire ukrainienne en septembre ont mené à une très légère majorité d’opinions en faveur de la destitution et/ou de l’impeachment de Trump, mais l’opinion est demeurée stable depuis. (voir la tendance mise à jour sur le site de FiveThirtyEight)  

Évidemment, l’opinion est extrêmement divisée sur des bases partisanes. La destitution est appuyée par une très grande majorité des démocrates (plus de 80%) mais il n’y a qu’un républicain sur dix qui favorise cette option, alors que les électeurs dits indépendants sont partagés à parts à peu près égales sur la question (en tenant compte des répondants discrets). Il faudra surveiller de mouvement de ce groupe d’électeurs centristes en prévision de l’élection de 2020, mais c’est surtout la réaction des électeurs identifiés au parti républicain qui pourrait faire une différence sur le vote des représentants et des sénateurs. Pour que les chances d’une destitution de Donald Trump deviennent réelles, il faudra que les révélations des prochaines semaines fassent bouger l’aiguille de l’opinion à l’intérieur-même de l’électorat républicain.  

Une semaine critique 

Ce n’est que si l’appui à la destitution augmente significativement parmi l’électorat républicain que les législateurs de ce parti se sentiront suffisamment en confiance pour défier la colère du président. Est-ce possible? Oui, car même si aucun républicain ne semble particulièrement pressé à faire le premier pas, le silence assourdissant d’un très grand nombre d’entre eux laisse présager qu’il existe un potentiel de mouvement subit de plusieurs d’entre eux en faveur de la destitution. Un tel mouvement pourrait être dévastateur pour le président Trump, même si le vote favorable à sa destitution n’atteint pas le seuil des deux tiers au Sénat.  

Pour que cela arrive, il faudra que l’opinion publique bouge encore significativement. Ce ne sera pas facile. Le sondage Ipsos est le premier à avoir été mené après la première ronde de témoignages publics et il indique une légère tendance à la hausse, mais le compte n’y est pas encore. La semaine qui vient sera déterminante, avec au moins neuf témoins clés, dont le plus important sera l’ambassadeur américain à l’Union européenne Gordon Sondland. Il faudra donc surveiller attentivement la tendance des sondages suite à cette série de témoignages Si ceux-ci confirment la tendance à la hausse et indiquent un affaissement significatif de l’appui à Donald Trump chez les républicains et les indépendants, les jours de Donald Trump à la Maison-Blanche pourraient bien être comptés.  

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM