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Pas de concours d’architecture pour une école qui déborde

Les élèves doivent dîner dans les corridors par manque d’espace à la cafétéria

Claude-Sébastien Jean, le père d’un élève de l’école Sophie-Barat à Montréal, devant les ruines d’un pavillon patrimonial que l’établissement souhaite réhabiliter.
Photo Dominique Scali Claude-Sébastien Jean, le père d’un élève de l’école Sophie-Barat à Montréal, devant les ruines d’un pavillon patrimonial que l’établissement souhaite réhabiliter.

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L’agrandissement d’une école de Montréal où les élèves dînent dans les corridors en raison du manque d’espace a été retardé pendant des mois à cause d’un problème de communication avec le gouvernement.

« Il y a beaucoup de lassitude chez les parents », soupire Claude-Sébastien Jean, membre du conseil d’établissement de l’école Sophie-Barat, dans le quartier Ahuntsic-Cartierville.

Quand le fils de M. Jean est entré au secondaire, on parlait déjà d’agrandir cette école en rénovant un bâtiment patrimonial laissé à l’abandon sur le terrain de l’établissement.

Son fils est maintenant en 5e secondaire et on est encore très loin de la première pelletée de terre, déplore-t-il.

C’est que cette école est sur le point de déborder.

Déjà en mars 2018, Le Journal publiait le témoignage d’élèves qui ont l’habitude de manger dans les corridors tant la cafétéria ne peut tous les contenir.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec promettait qu’un concours d’architecture serait lancé pour chaque nouvel établissement bâti afin que la province ait « les plus belles écoles du monde ».

Parole reniée ?

Afin d’ajouter de l’espace à Sophie-Barat, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a donc préparé un concours pour réhabiliter une ancienne résidence pour religieuses et en faire une annexe, un projet dévoilé en grande pompe en décembre dernier.

Presque un an plus tard, la CSDM n’a toujours pas reçu l’approbation du ministère de l’Éducation et du Conseil du trésor pour procéder, indique la présidente, Catherine Harel Bourdon.

Si la réponse ne vient pas d’ici la mi-décembre, la CSDM devra donc abandonner le concours et procéder par appel d’offres traditionnel.

Or, du côté du ministère, on croyait que la CSDM avait déjà abandonné ce projet, indique Bryan St-Louis.

Car ce sont maintenant seulement les projets du Lab-École qui auront droit à une dérogation pour procéder par concours d’architecture, confirme le ministère.

Le Lab-École est un projet conçu par Pierre Thibault, Pierre Lavoie et Ricardo Larrivée, qui a vu le jour dans la controverse en 2017, afin de concevoir les écoles de demain. 

« Je suis outrée. Je trouve ça déplorable », résume la députée libérale Marie Montpetit, qui a écrit au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et au président du Conseil du trésor, Christian Dubé, en octobre, dans l’espoir de faire bouger les choses pour l’école Sophie-Barat.

Selon elle, le gouvernement caquiste tente en douce de bafouer sa promesse électorale.

« Le ministre [Roberge] s’est pavané que le Québec aurait les plus belles écoles, mais à la première occasion, il renie sa parole », dit-elle.

Le gouvernement est toutefois en train de réfléchir à modifier la loi pour permettre la tenue de concours d’architecture sans avoir à demander de dérogation, précise le ministère de l’Éducation.

Le temps presse

Dans tous les cas, le temps presse pour Sophie-Barat. Le projet de faire revivre le vieux pavillon, au coût de 23 millions $, devrait permettre d’ajouter 150 nouvelles places, mais quelque 300 nouveaux élèves sont attendus dans le secteur d’ici cinq ans.

De plus, le pavillon principal de cette école, qui a plus de 160 ans, devra lui aussi faire l’objet de rénovations, ce qui forcera le déménagement temporaire d’une partie des élèves ou encore l’installation d’unités modulaires sur le terrain, indique Mme Harel Bourdon.

Le but de procéder par concours d’architecture était de « pousser à son maximum la créativité », explique-t-elle.

Il y a aussi un enjeu de compétitivité, ajoute Marie Montpetit. Sophie-Barat est la seule école secondaire publique du quartier et elle doit rivaliser avec deux établissements privés qui, eux, ont été rénovés à grands frais, affirme-t-elle.