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Une maison ouverte aux cultures du continent

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Quatre mois après le triomphe de la Révolution, en avril 1959, la guérillera Haydée Santamaria fondait la Casa de las Americas (la Maison des Amériques). On voulait créer un lieu de rencontre entre les différentes expressions artistiques et culturelles du continent, avec leurs caractéristiques langagières particulières : espagnol, portugais, français et anglais, quatre langues parlées en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il faut se rappeler qu’au début des années soixante, la majorité des pays de la région, sauf le Mexique, avait rompu leurs relations avec Cuba. La création de la Casa de las Americas, qu’Haydée Santamaria allait dirier jusqu’à son décès, en 1980, constituait donc un beau défi, en prétendant unir artistes et intellectuels du continent.

Les activités de la Casa de las Americas gravitent autour de trois axes principaux : prix littéraire, maison d’édition et publication de la revue du même nom.

Une des activités les connues est sans contredit le concours littéraire annuel, le fameux et prestigieux Premio Casa de las Americas, ouvert à tous les genres littéraires : poésie, conte, roman, théâtre, essai, témoignage. Il existe aussi une section pour la littérature jeunesse. Le jury, qui provient de toutes les régions du continent, tient compte également des œuvres soumises en d’autres langues que la langue espagnole, en autant que leurs auteurs soient de la grande région latino-américaine et des Caraïbes. Joël Desrosiers, un auteur haïtien connu au Québec, a ainsi obtenu en 2008 le prix de poésie, tandis que l’auteur haïtien Gary Victor, tout aussi connu ici, a obtenu le prix du roman en 2012. En plus de voir leurs œuvres éditées, les gagnants reçoivent une bourse de 3000$.

Les plus grands écrivains d’Amérique latine sont passés par la Casa, soit comme membres de jury, soit comme auteurs, soit comme participants aux nombreux colloques qui y sont organisés, comme Gabriel Garcia Mendez, Julio Cortazar, Eduardo Galeano, Mario Benedetti, Alejo Carpentier, Nicolas Guillen, Roque Danton, Pablo Neruda, Carlos Fuentes, Miguel Angel Asturias, José Lezama Lima, etc. Italo Calvino, Allen Ginsberg, Isabel Parra, René Depestre, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre l’ont aussi fréquentée à une certaine époque.

La revue Casa de las Americas, publiée quatre fois l’an, a joué un rôle d’avant-garde indéniable dans la diffusion des idées anticoloniales et des arts plastiques, comptant sur la collaboration des plus éminents intellectuels, penseurs et artistes, comme Franz Fanon, Aimé Césaire et Malcom X.

Ce centre culturel occupe, depuis sa création, une maison prestigieuse, dans le quartier Vedado, où étaient situés auparavant les bureaux de l’Association des écrivains et artistes américains. Avec son style art déco, sa devanture où apparaît une

carte du continent latino-américain et son horloge au sommet, la Casa ne passe pas inaperçue, face à la mer tout près. On trouve, à l’intérieur, une sympathique librairie. Pour ceux qui lisent l’espagnol, c’est une aubaine puisque la majorité des livres se vendent en monnaie nationale, c’est-à-dire pour trois fois rien. Aussi une bibliothèque bien garnie (plus de cent mille livres) et des salles d’exposition d’œuvres d’art.

Si vous avez le goût de vous retremper dans les années de braise de la révolution cubaine ou tout simplement pour prendre un bain de culture en compagnie d’auteurs, de photographes et d’artistes de l’avant-garde, cette maison est un véritable havre de paix.

Rue G et 3e, Vedado, La Havane.