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Climat: rien ne changera, à moins que...

Marche pour le climat
Photo Agence QMI, Joêl Lemay

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Les manifestations ne mènent à rien. 

Au mois de septembre 2019, seulement à Montréal, 500 000 manifestants ont déambulé paisiblement et fraternellement dans les rues. Tellement gros que Le Journal de Montréal y a consacré 12 pages: «Retentissant. Une manif unique. Un rassemblement historique».    

Une manifestation historique peut-être, mais il y en aura d’autres, car rien ne changera vraiment pour la peine. La croissance du produit intérieur brut (PIB) et la création de richesse, même concentrée dans les poches du 1%, sont prioritaires, clament le patronat et ses politiciens. Afin d’aider la planète et les générations futures, il faudrait plutôt viser la croissance économique zéro et même la décroissance, avec une meilleure répartition de la richesse, ce que ne veulent pas les maîtres du monde.   

On a souvent la mémoire courte  

En fouillant dans mes précieux articles de journaux pas informatisés, j’ai vu en 2014, toujours en septembre: «Environnement. Mobilisation. Plus de 300 000 personnes dans les rues. Des marches contre les changements climatiques ont eu lieu dans plus de 150 pays hier» (Le Journal de Montréal, 22 septembre 2014). Encore de belles grosses manifestations de braves gens qui ont eu lieu dans l’ordre et le respect des lois et des propriétés. C’est ce que les élites politiques et d’affaires aiment et tolèrent. Entre 2014 et 2019, la pollution et le réchauffement climatique ont continué d'aller de l’avant comme si de rien n’était, au nom du développement économique.  

Le pragmatisme vert de la CAQ  

Notre premier ministre caquiste l’a bien dit: «Legault veut une CAQ “verte” mais pragmatique».   

Décodé, ça signifie que le pragmatisme économique prime sur le «vert». Il faut se le dire, la CAQ voit du vert dans tous ces projets de développement: le troisième lien «écoresponsable» et l’agrandissement du port «vert» à Québec; le gazoduc «vert» et l’usine «écologique» de liquéfaction de gaz naturel à Saguenay; la venue de «l’écolo» Uber et des motoneiges «biologiques» dans nos parcs nationaux; l’épandage d’engrais et de pesticides «naturels»; l’assouplissement «assainissant» de règles de protection des milieux humides; couper beaucoup d’arbres et des forêts, et même augmenter les tarifs d’électricité afin de “protéger” l’environnement. Monsieur Legault s’est transformé en bonhomme vert.   

Le même numéro répété en 2012  

Le même cirque s’est produit en 2012: «Un grand cri du peuple. Une manifestation d’une ampleur sans précédent [environ 300 000 personnes seulement à Montréal] pour la Journée de la Terre».  

Les jérémiades du peuple ne trouvent pas facilement un chemin vers les oreilles des politiciens. Pour que les choses changent vraiment, pour que ça bouge sur les plans environnemental, fiscal et social, il va falloir plus qu’«un grand cri du peuple». Je vous le demande: ces manifestations monstres, pacifiques et respectueuses de l’autorité, ça a changé quoi, depuis 2012, au bénéfice de la Terre?  

Pire, les choses ont empiré, et ça, c’est un fait démontré et prouvé par toutes les études honnêtes et sérieuses. Il va falloir faire quoi?   

Il va falloir prendre conscience et arrêter de se faire raconter des boniments élaborés par des firmes de relations publiques puis relayés par nos élus et aussi par certains représentants médiatiques. Un exemple de futilité verbale propre à endormir quelques innocents est ce boniment énoncé par notre premier ministre caquiste qui fait la promotion de la maxime business as usual: «Environnement. Legault veut un Québec “plus vert” et “plus riche”».  

Je ne sais pas pour vous autres, mais moi, «chu pu capable, chu au boutte du boutte».   

Idem pour la lutte contre le capitalisme  

Les inégalités économiques et la concentration de la richesse ont explosé au cours des 50 dernières années, grâce à l’élaboration de politiques fiscales qui ont détaxé les riches et les compagnies; à la multiplication des paradis fiscaux avec la complicité des politiciens; à la signature de nombreux traités de libre-échange; à la déréglementation des normes du travail et de l’environnement; aux fusions et achats de transnationales plus riches et plus grosses que les États; au décloisonnement des institutions financières; grâce à la mise en place de sanctions et d’embargos imposés par certains pays à d’autres, et même à l’invasion militaire de certains pays.  

Le 16 octobre 2011, à la une de journaux, d’autres importantes manifestations tenues à Montréal par de dignes représentants du peuple afin de dénoncer les dérives du capitalisme et l’iniquité dans la redistribution de la richesse: «Occupons Montréal. Le centre-ville pris d’assaut. Les “indignés” du monde prennent la rue».   

Et Occupy Wall Street fait des petits dans le monde: «Planète sous occupation. Quelque 1500 villes, dont Montréal, se joignent aujourd’hui au mouvement de protestation Occupy Wall Street, une charge à fond de train contre les excès du capitalisme».  

Encore des manifestations amicales qui n’ont point inquiété les puissants et leurs politiciens, et qui n’ont amené aucune remise en question du «désordre» établi fondé sur des lois qui font régner l’ordre et le respect des institutions et du bien privé. Dans les faits, ce sont les gros capitalistes qui font les lois qu’il nous faut respecter, sinon c’est la prison.   

Même Barack Obama, l’ex-président des États-Unis, s’est fait comédien pour la circonstance: «Le président américain dit partager la frustration des “indignés” de Wall Street» (Le Devoir, 7 octobre 2011). Barack a dit partager la frustration des «indignés» mais n’a rien fait, comme les autres politiciens sur la planète, afin de mieux «partager» la richesse.   

Et ces manifestations monstres des «indignés» n’ont rien donné. Les inégalités économiques et la concentration de la richesse ont continué d’exploser: «Le 1% possède 82% de la richesse mondiale» et «Les 26 plus riches ont autant que la moitié de l’humanité. Le fossé entre les plus fortunés et les pauvres continue de s’agrandir».  

Et au Canada: «Les deux Canadiens les plus riches ont autant que les 30% les plus pauvres» et «Les ultra-riches s’enrichissent plus rapidement que les autres Canadiens». Conséquence des manifs monstres, les indices boursiers américains du Dow Jones et du Nasdaq viennent d’établir de nouveaux records.  

Et la crise financière mondiale de 2007, dans tout ça?  

Tellement scandaleux. En 2007, une crise financière mondiale sans précédent s’est produite, appauvrissant et menant à la faillite de nombreux individus et familles (pertes d’emploi et de fonds de retraite en prime). Crise financière dont la responsabilité incombe à la cupidité et à l’avidité sans borne des banques too big to fall et de leurs dirigeants. Eh ben, afin de se sortir de la crise financière, surtout occidentale, vos élus n’ont trouvé rien de mieux à faire que d'inonder de milliards de dollars en fonds publics les grosses banques et les grandes compagnies responsables de la crise, et de taxer les innocentes victimes issues du bon peuple qui avaient déjà perdu beaucoup. Et, rendu en 2019: «La classe moyenne américaine ne s’est pas encore remise de la crise».  

Ne vous inquiétez point: la classe supérieure s’en est sortie admirablement.   

Que faire pour que ça bouge?  

Il faut plus que des manifestations pacifiques. Brasser vraiment la cage dorée peut vraiment changer les choses. On peut voir ce qui se passe actuellement au Chili, et ce qui s’est produit en France avec les «gilets jaunes».