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Et d’un coup, le réveil

Et d’un coup, le réveil
Photo d’archives

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Pendant des années, les militants nationalistes engagés pour la défense du français avaient l’impression de parler dans le vide.

Le discours officiel fonctionnait à l’optimisme obligatoire. Le français se portait bien, très bien, même, et ceux qui disaient le contraire passaient pour des débiles anachroniques. On les traitait de ceintures fléchées ou de vieux patriotes porteurs de tuques venus des siècles passés, étrangers à la modernité.

Mais ce discours, depuis quelque temps, sonnait faux. On sentait bien que les statistiques étaient arrangées avec le gars des vues, pour le dire avec une vieille expression.

Montréal

La légende de la bonne santé du français relevait de la manipulation idéologique. Par exemple, on répétait que 94 % des Québécois peuvent parler français d’une manière ou d’une autre, sans s’attarder à la chute progressive de ceux qui ont le français comme langue maternelle et qui parlent français à la maison. C’est pourtant sur ces derniers, évidemment, que repose la vitalité linguistique d’un peuple.

Quel serait le statut d’une langue que tous peuvent parler, mais que de moins en moins de monde parle au quotidien, dans la vie ordinaire ? Pourrait-elle demeurer longtemps la langue commune ? Bien sûr que non, et encore moins quand on pense à la situation géopolitique très particulière du français en Amérique du Nord.

La langue française devient peu à peu étrangère chez elle, à Montréal et à Laval. Elle n’est plus en position de force. Disons-cela plus largement: les Québécois francophones se sentent de moins en moins maîtres chez eux dans leur métropole.

La fameuse querelle du « bonjour/hi » n’avait rien d’anecdotique. Elle illustrait que dans la vie quotidienne, le français est désormais une langue optionnelle. On peut en choisir une autre. C’est aussi le cas quand on s’adresse au gouvernement, soit dit en passant.

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Quoi qu’il en soit, c’est l’heure du réveil. On l’a vu lundi soir dans le cadre de la Fondation pour la langue française. C’est le gratin qui entend désormais se mobiliser pour le français. Pauline Marois et John Parisella feront front commun en son nom. Le combat pour le français devrait en effet dépasser les clivages politiques ordinaires.

C’est une bonne nouvelle. L’ancienne première ministre nous confirme le rôle essentiel qu’elle entend jouer dans les années à venir. Loin de la politicaillerie, elle entend attacher son nom à la cause la plus fondamentale qui soit, à travers laquelle se joue notre survie collective comme peuple.

Legault

La présence de François Legault sur place nous confirme aussi que le gouvernement québécois, après près de deux décennies de laxisme linguistique, entend faire de la reconquête linguistique de Montréal un objectif politique.

Mais nous ne pourrons nous contenter de faire la promotion du français, sur le mode de la pédagogie ou du marketing. Il faudra l’imposer politiquement avec les moyens de l’État. Le chantier est immense. Les mesures nécessaires sont connues.

Il faudra beaucoup de courage poli­tique pour les engager. C’est maintenant que nous saurons jusqu’à quel point le gouvernement Legault prend son nationalisme au sérieux.