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Guilbeault dans le premier trio

Steven Guilbeault lui-même devait prier à genoux pour ne pas être nommé à l'Environnement.

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Si vous voulez identifier si un observateur comprend vraiment les rouages de la politique fédérale aujourd’hui, trouvez-en un qui s’étonne que Steven Guilbeault ne soit pas nommé à l’Environnement et vous pourrez en déduire qu’il ne connaît pas ça. Je ne vise personne en particulier, il y en a sur tous les réseaux.

D’abord, vous pouvez être assurés d’une chose : Steven Guilbeault lui-même devait prier à genoux pour ne pas être nommé là. Tous les activistes du pays connaissent son numéro de cellulaire et auraient été constamment en demande auprès de lui. Ça aurait fait la file pour appeler à sa démission chaque fois que le gouvernement Trudeau aurait eu l’air de vouloir faire autre chose que de démanteler l’industrie pétrolière en Alberta. Pour Guilbeault, l’Environnement, ça aurait été un chemin de croix.  

C’est aussi complètement ignorer l’importance du ministère du Patrimoine dans la dynamique politique canadienne. C’est LE ministère de propagande du régime, la machine de mise en œuvre du «nation building» du Canada, à plus forte raison s’il est postnational.  

Chic, chic, chic!  

Ça me rappelle quand je travaillais en politique, à l’opposition. Pauline Marois avait fait passer Bernard Drainville du dossier de la Santé à celui des Affaires intergouvernementales canadiennes. Tout le monde disait que, pour lui confier mesquinement un sujet aussi ennuyant, la chef du Parti Québécois devait sentir dans son cou le souffle d’un rival.  

Or, le principal intéressé était vraiment content de cette décision et pour cause. C’est assez dur de se faire valoir comme porte-parole en matière de Santé devant un ministre médecin qui dépense sans compter (c’était Yves Bolduc, à l’époque). Pour un péquiste, toutefois, les affaires inter, c’est la grosse patente. Vous vous rappelez Obélix? «Chic, chic, chic, des Romains!» Ça, c’est la manière dont un péquiste réagit quand tu lui dis qu’il aura l’occasion de critiquer le fédéral. Pour un libéral fédéral, se faire confier les clés de la Sheila Copps Company, c’est la même chose.  

Pour info, dans les derniers gouvernements péquistes, les Affaires intergouvernementales ont été confiées à des nobodies répondant au nom de Jacques Brassard, Joseph Facal, Jean-Pierre Charbonneau et Alexandre Cloutier. Rien que ça.  

De même, au fédéral, le Patrimoine a été occupé par des figures qui, en leur temps, étaient centrales au sein de leur parti. On ne nommera qu’Hélène Scherrer, Liza Frulla, Josée Verner et James Moore. Pas tous des champions, mais des joueurs stratégiques dans leur équipe respective.  

Bref, bien souvent, les analystes qui nous parlent de l’importance relative des portefeuilles nous en révèlent bien plus sur leurs propres intérêts que sur la réelle valeur de la nomination.  

Faire flotter l'unifolié  

Ainsi, à titre de ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault devra piloter le virage du gouvernement devant Netflix. Il sera aussi responsable de Radio-Canada, du CRTC, de l’aide aux médias, du support à l’industrie culturelle, notamment.   

À ce titre, il pourra merveilleusement brandir son militantisme environnemental pour l’élever au rang de valeur canadienne. Attendez-vous à voir flotter l’unifolié au-dessus de chaque manifestation ou colloque à caractère écologiste. Vous aimez ça des photos de Justin Trudeau en canot? Vous allez en avoir!  

La nomination de Guilbeault au Patrimoine s’inscrit parfaitement dans l’approche d’un gouvernement pour qui l’environnement est davantage un axe de communication qu’une préoccupation réelle.   

En conséquence, cette décision ne représente pas une déconvenue pour Steven Guilbeault. Ça nous indique plutôt qu’il sera sur le premier trio du nouveau gouvernement Trudeau. Et il deviendra de facto le porte-parole du gouvernement au Québec.   

Parce qu’accessoirement, c’est souvent à ça que le ministère du Patrimoine a servi.