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Le triomphe de l’incivilité

La dangerosité dans nos rues participe avant tout d’un manque généralisé de civilité dans nos vies quotidiennes.
Photo d'archives La dangerosité dans nos rues participe avant tout d’un manque généralisé de civilité dans nos vies quotidiennes.

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La mairesse de Montréal, Valérie Plante, annonce qu’elle fera de la « sécurité des piétons » sa priorité en matière de circulation. Entre autres mesures, plusieurs intersections seront sécurisées et les feux pour piétons seront prolongés de quelques secondes. Considérant que 19 piétons ont déjà perdu la vie cette année, bravo pour ce premier pas dans la bonne direction.

À mon humble avis, cette dange­rosité croissante dans nos rues participe avant tout d’un manque généralisé de civilité dans nos vies quotidiennes, à Montréal ou ailleurs.

Ce problème est bien réel. Il est le reflet parfait de ce que je qualifie de « triomphe de l’incivilité » dans nos rapports humains. Traduction : à chacun sa « bulle » et au diable les autres.

Vous pensez que j’exagère ? Voyons voir. L’effet isolant de nos nez collés sur nos iPhone en tout temps contribue certes à ne plus prêter attention à notre environnement immédiat, mais il n’explique pas tout. Dans le « partage de la route », l’incivilité est effarante.

Pointe de l’iceberg

Des automobilistes brûlent des feux rouges, tournent où c’est interdit ou foncent sans respecter les passages piétonniers. Combien de cyclistes roulent même sur les trottoirs alors que c’est illégal et dangereux ? Et que dire de tous ces piétons « rebelles » qui traversent sans regarder ?

Parce que tous ces comportements mettent des vies en danger, il faudra aussi plus de répression. Une pétition lancée par le Dr Alain Vadeboncœur met le doigt sur le bobo : « Nous n’arrêtons pas au passage piéton. C’est dangereux pour la sécurité. (...) Triplons les amendes à 300 $. Trois points de démérite. Blitz de contrôles policiers. En trois mois c’est fini. » Voilà qui est clair.

Ce fameux « partage de la route » est devenu le Far West de l’impolitesse. Or, ce n’est que la pointe de l’iceberg. La même bulle de goujaterie sévit un peu partout. Des exemples parmi d’autres ? Ceux qui vous claquent la porte en plein visage parce qu’ils ne regardent jamais si une autre personne est derrière eux.

Porter attention

Des caissiers de magasins se parlant entre eux comme si le client était invisible. Les gens qui vous toussent leur vie en plein visage sans se préoccuper de vous transmettre leur virus au passage. Les jaseux compulsifs dans les salles de cinéma ou de spectacle.

Dans les autobus et métros, tous ceux qui ne cèdent jamais leur place, même lorsqu’une autre personne en a besoin. Et que dire de tout ce qu’on voit dans les toilettes publiques ? Misère...

Sans compter tous ces jolis mots en voie d’extinction : bonjour, merci, pardonnez-moi, madame, monsieur, comment allez-vous, etc. Aussi porté disparu : le sourire. Le summum de la muflerie ? Il sévit comme on le sait sur les médias dits sociaux.

Je sais. Heureusement, il existe encore des gens courtois. Il n’en reste pas moins que l’incivilité gagne du terrain. Plus vite on y portera attention dans nos paroles et nos gestes, aussi anodins puissent-ils parfois nous paraître, mieux nous nous en porterons.