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42e Salon du livre de Montréal: la BD, exutoire d’une société

Enki Bilal
Photo Agence QMI, Joël Lemay Enki Bilal

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MONTRÉAL – Dépendance numérique et gourmandise fiscale des multinationales: aucun sujet ne semble trop noir ni trop lourd pour les créateurs de bandes dessinées, qui s’en donnent à cœur joie à exorciser nos craintes et notre ras-le-bol de quelques coups de crayon. 

Déjà passé au Salon du livre de Montréal il y a quelques années, le bédéiste, auteur et réalisateur français Enki Bilal y est de retour cette année à titre d’invité d’honneur. 

Il nous propose le deuxième tome de sa saga futuriste «Bug», qui en comptera éventuellement cinq, et dont l’intrigue sera bientôt transposée dans une série télévisée que réalisera le Québécois Daniel Roby. Dans «Bug», on est en 2041, et un virus ravage la mémoire numérique de la Terre. 

 

Impossible 

Fantasmons avec Bilal. Qu’arriverait-il si, demain, les humains se retrouvaient privés des précieux fichiers qui stockent toutes leurs données, de leur album photo à leurs numéros de téléphone? 

«C’est quelque chose qui ne peut pas arriver. Du moins, pas aussi radicalement», avance en entrevue le principal intéressé, qui dit s’être soigneusement renseigné sur le sujet. 

«Il peut y avoir beaucoup de "bugs", mais à un tel niveau, c’est impossible. C’est pour ça que j’ai voulu quelque chose de totalement radical, pour que ça soit précisément une table rase, que l’humanité se retrouve face à elle-même, amputée d’un nouveau cerveau.» 

L’artiste s’avoue-t-il coupable de s’amuser d’une certaine peur collective sous-jacente dans «Bug», ou souhaite-t-il exorciser les tensions nécessairement engendrées par nos dépendances? 

«Le dessin peut aider les autres à saisir différemment les questions, faciliter la réflexion. Moi, je ne le fais pas pour m’enlever des peurs. Je ne peux pas dire que j’ai vraiment la peur du "bug". Je pense que je suis assez lucide pour savoir que la société actuelle est dangereuse en permanence, comme elle l’a toujours été au 20e siècle. Elle est dangereuse à l’échelle mondiale. Ça peut me préoccuper, mais ça ne me fait pas peur», détaille Enki Bilal, qui martèle qu’un scénario pareil à celui de son livre entraînerait des «centaines de milliers de morts en 24 heures». 

Or, malgré son apparence sombre, tant dans son propos que dans son look, «Bug» n’a rien d’un bouquin fastidieux, maintient Enki Bilal. 

«Beaucoup de gens feuillettent le livre et le trouvent angoissant, inquiétant. Si on fait l’effort de lire, on comprend qu’il y a énormément de dérision et de second degré, même avec un sujet aussi difficile. J’ai réussi à le traiter sans qu’il soit pesant.» 

 

David Murray
Photo Agence QMI, Joël Lemay
David Murray

Paradis fiscaux 

Aux Éditions Écosociété, on s’enorgueillit de la publication récente d’une première bande dessinée au ton engagé, «Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit déjeuner», de l’auteur québécois François Samson-Dunlop, maintenant établi en France. 

Et l’éditeur David Murray jure que d’autres romans graphiques porteurs d’un message social sont à venir sous la bannière d’Écosociété. C’est d’ailleurs la maison qui a sollicité Samson-Dunlop pour qu’il ponde une fiction à partir du thème des paradis fiscaux. 

«Il avait justement envie de faire un projet de la sorte, indique David Murray. Dans l’histoire, on suit le parcours d’un jeune trentenaire qui, un matin, réalise l’ampleur des multinationales et de leur évitement fiscal. Scandalisé, il décide de se débarrasser, dans son quotidien, de tout ce qui les touche de près ou de loin. S’amorce le parcours du combattant, car on réalise rapidement que ces compagnies sont très présentes dans nos vies!» 

 

Les potins du Salon 

 

Charles-Alex Durand, Antoine Desjardins-Cauchon et Charles Deschamps
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Charles-Alex Durand, Antoine Desjardins-Cauchon et Charles Deschamps

«Dictionnaire des vedettes»: une suite et une version française 

Encore épatés du succès de leur «Dictionnaire des vedettes du Québec», paru au début du mois, Charles Deschamps, Antoine Desjardins-Cauchon et Charles-Alex Durand rêvent déjà d’un tome deux et confirment caresser le projet de produire une version française de leur drôle de recueil. «J’ai beaucoup d’amis humoristes en France, et je retourne bientôt à Paris pour faire des "shows". On va essayer de partir ça. On va apprendre à connaître les vedettes françaises, et on va se faire aider par des humoristes locaux», a raconté Charles Deschamps, qui dit aussi être en rodage d’un premier spectacle solo. 

Le Montréal de Leonard Cohen 

Les jeunes lecteurs auront bientôt des biographies de Yannick Nézet-Séguin et Mikaël Kingsbury de la collection «Raconte-Moi» (aux Éditions Petit Homme), respectivement signées par Patrick Delisle-Crevier et Joanie Godin, à se mettre sous la dent. Patrick Delisle-Crevier, aussi auteur de «Patrick Bourgeois raconté par», proposera également au printemps un ouvrage-hommage à Leonard Cohen. «Le Montréal de Leonard Cohen» devrait voir le jour au printemps et regroupera des témoignages de 40 personnes qui raconteront la perception qu’avait le légendaire artiste de sa ville. «On va apprendre beaucoup de secrets de Leonard Cohen», a spécifié Delisle-Crevier. 

 

Yolande Brunelle et Gilles Duceppe
Photo Agence QMI, Joël Lemay
Yolande Brunelle et Gilles Duceppe

Gilles Duceppe, grand-papa gâteau 

Gilles Duceppe et son épouse, Yolande Brunelle, magasinaient tranquillement au Salon du livre, jeudi. Accosté au kiosque de Bayard Canada, le couple a confié profiter de l’occasion pour abonner ses cinq petits-enfants, âgés de 7 à 13 ans, à des revues mensuelles et leur acheter des bouquins. «Notre petite-fille de 8 ans nous a demandé un roman pour Noël. Ça fait des années qu’on l’a abonnée à des revues. On abonne aussi notre plus vieux de 16 ans au "National Geographic"», a expliqué Gilles Duceppe. Les petits-enfants Duceppe, quand ils atteignent l’âge de 11 ans, ont aussi droit à un voyage en tête-à-tête avec leurs grands-parents en Europe. «Ça nous permet de les découvrir, et à eux aussi, de nous découvrir», a glissé Gilles Duceppe.