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Anglade sonnée

Dominique Anglade
Photo Simon Clark Quand Mme Anglade a déclaré, hier en point de presse, « c’est une journée qui est difficile », on aurait dit qu’elle parlait aussi, un peu, d’elle-même.

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RONA porte décidément malchance à Dominique Anglade, seule candidate à la direction du Parti libéral du Québec.

On aurait dit que le sort s’acharnait sur elle, hier, alors que la course sera officiellement lancée la fin de semaine qui vient.

D’abord, les compressions que Lowe’s a annoncées, entre autres chez RONA, chaîne québécoise de quincailleries qu’elle a acquise en 2016... avec la bénédiction de la ministre Anglade.

Puis, il y a eu le dépôt d’un rapport accablant de la vérificatrice générale sur la gestion du ministère de l’Économie au moment où Mme Anglade était à sa tête.

Mauvaise journée

Lorsque Mme Anglade a déclaré, hier en point de presse, « c’est une journée qui est difficile », on sait bien qu’elle parlait des pertes d’emplois chez RONA avant Noël. Mais on aurait dit qu’elle parlait aussi, un peu, d’elle-même.

L’achat de RONA par Lowe’s, en février 2016, avait été annoncé le jour même de l’entrée de Mme Anglade au ministère de l’Économie.

Toujours volontaire, sans doute habitée par le logiciel lénifiant de Philippe Couillard qui s’activait lorsqu’on annonçait la perte d’un siège social québécois, la nouvelle ministre Anglade commente. Elle fait comprendre qu’en définitive, c’est une transaction bénéfique, notamment en raison des possibilités de « synergies » pour « aller sur l’international ».

Bref, pas question pour son gouvernement de s’opposer à la transaction — ce que les libéraux de Charest avaient fait en 2012 — puisque, cette fois, elle était « consensuelle » et non hostile. Mais le gouvernement avait, à l’époque, assurait la nouvelle ministre, obtenu des garanties, entre autres pour ce qui était le plus important, « assurer que les emplois seront maintenus ici, voire augmentés ».

On comprend donc sa mine basse hier.

« Brouillonne »

D’autant qu’elle sait très bien que dans les cercles libéraux, la mouvance n’importe-qui-sauf-Dominique a pris beaucoup de notes en lisant le chapitre 3 du rapport de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc.

La conclusion de cette dernière : les subventions « hors programmes » au ministère de l’Économie (MEI) sont passées de 42 millions $ en 2014-15 à 592 millions $ sous Anglade !

On le sait, le MEI définit des programmes « normés » afin d’encadrer l’octroi de subventions. On se donne des objectifs, des critères d’admissibilité afin d’accorder des coups de pouce aux projets qui le méritent et qui ont des effets que le gouvernement recherche. Ça tombe sous le sens.

Quand un gouvernement décide d’aller « hors programme » et, par surcroît, souvent « sur la base d’analyses incomplètes et d’une documentation insuffisante » (comme dans 65 % des dossiers vérifiés par la VG), le risque est grand.

Mme Anglade a répondu hier que, pour appuyer l’innovation au Québec, elle n’avait pas le choix. Et l’ancienne ministre a dit que c’est grâce à ces décisions hors norme que « l’économie du Québec roule à plein régime » aujourd’hui ! À suivre ce raisonnement, abolissons toutes les normes, la croissance sera phénoménale.

Il faut plutôt voir les signes d’un mode inquiétant de gestion « brouillonne », pour reprendre un qualificatif tant prisé par Mme Anglade lorsqu’il est question de critiquer le gouvernement Legault.