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Un pilier de la défense de Trump s’est effondré

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Depuis des semaines, Donald Trump martèle la formule qui constitue un pilier de sa défense dans l’affaire ukrainienne : « Pas de quid pro quo ». Ce pilier ne tient plus.

Le témoignage de l’ambassadeur Gordon Sondland, proche collaborateur du président républicain, a anéanti un élément central de sa défense dans l’affaire ukrainienne.

Sondland affirme qu’il y avait effectivement un quid pro quo dans l’affaire et cette affirmation figurera certainement dans les articles d’impeachment que la Chambre des représentants semble destinée à adopter au terme de l’enquête en cours.

Est-ce que ce sera suffisant pour convaincre suffisamment de républicains de destituer Donald Trump ou pour garantir sa défaite en novembre 2020 ? C’est moins clair.

Témoignage pesant

Sondland n’est ni un démocrate ni un obscur agent de « l’État profond ». C’est un milliardaire républicain qui a vu sa loyauté partisane et sa générosité envers Trump récompensées par un poste d’ambassadeur prestigieux et confortable.

Malgré le ton léger qu’il a maintenu pendant son interrogatoire, le témoignage du seul membre de la garde rapprochée de Trump qui ait défié ses ordres en acceptant de comparaître au Congrès pèsera lourd. Sondland a montré que le déblocage de l’aide militaire à l’Ukraine dépendait de l’annonce par le président ukrainien d’enquêtes visant à nuire au principal rival politique de Trump et à soulever des doutes sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016.

Même le républicain hyperpartisan Kenneth Starr, qui avait mené l’enquête en destitution contre Bill Clinton, a affirmé à Fox News que le témoignage du diplomate justifiait l’impeachment de Donald Trump.

Les républicains s’accrochent

Ça ne sera pas si facile que ça, évidemment. Les défenseurs du président au Congrès refusent catégoriquement de voir les preuves qui incriminent Trump et il est très probable qu’ils persistent dans ce sens envers et contre tout.

Selon les républicains, il n’y a pas de preuves irréfutables que le président avait l’intention explicite de retenir les fonds en échange des faveurs demandées au président Zelensky. Ils soutiennent aussi que le fait que l’aide militaire a été accordée sans que les enquêtes soient annoncées disculpe Trump, même si celui-ci a débloqué les fonds seulement après que son stratagème ait été découvert.

Univers parallèles

Les membres du Congrès qui décideront du sort du président n’auront jamais accès à toutes les pièces du puzzle dans cette affaire, car la Maison-Blanche refuse toute collaboration avec l’enquête, ce qui sera en soi un motif d’impeachment contre Trump.

Les membres du Congrès – comme les électeurs qui auront le dernier mot si la destitution échoue – n’auront fort probablement accès qu’à une représentation approximative des faits pertinents pour décider du sort de Donald Trump.

Le dialogue de sourds auquel on assiste entre les membres du comité qui n’arrivent jamais à se départir complètement de leurs œillères partisanes donne donc un avant-goût de l’acrimonie qui marquera le jeu politique aux États-Unis dans les mois à venir.