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Une pionnière

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Marie-Ève Dicaire affichait son plus beau sourire, mercredi, lors du face-à-face avec son adversaire Ogleidis Suarez, qu’elle affrontera demain soir au Centre Vidéotron.

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Je sais très bien que Marie-Ève Dicaire n’est pas la plus grosse vendeuse de tickets de boxe au Québec. Yvon Michel le sait. Martin Tremblay le sait aussi.

Je sais aussi que la boxe féminine est loin d’avoir gagné ses titres de noblesse. Mais Martin Tremblay, le président de Gestev et grand patron du Centre Vidéotron, était convaincant cette semaine quand je l’ai joint à Paris, en mission d’affaires.

« Nous avons investi, nous avons travaillé fort. Marie-Ève a collaboré dans toutes les promotions que nous avons mises en place. Je ne sais pas combien de spectateurs vont payer pour assister à sa défense de titre, mais je me dis qu’il y a plus important. Marie-Ève Dicaire est une pionnière. Ce sont des femmes comme elle qui ont permis l’éclosion du tennis féminin, du golf et des autres sports professionnels qui ont fini par créer leur niche chez les fans », de dire El Presidente.

L’EXEMPLE EST À EDMONTON

Martin Tremblay a raison. Si on se déplace pour couvrir les combats d’Artur Beterbiev, de Jean Pascal, de David Lemieux ou d’Eleider Alvarez, je me dis qu’on doit se déplacer pour couvrir une défense de titre mondial par Marie-Ève Dicaire. Même si le niveau est infiniment moins élevé, même si le plateau des boxeuses est pauvre et que les foutus rounds de deux minutes nuisent au spectacle. Parce qu’elle est championne. Parce qu’elle ouvre le chemin.

Hier, j’étais content que le docteur Alain Cirkovic me donne le go pour me rendre à Québec. Ça faisait trois semaines que je luttais contre une vilaine infection dans une cicatrice. Celle de mon remplacement de hanche. 

Malgré une fesse défigurée, victoire par décision unanime au 12e round dans mon combat contre la bactérie. Maintenant, let’s go Marie-Ève, on va être là à ta pesée d’aujourd’hui.

Il y a un exemple inspirant pour Marie-Ève Dicaire, et aussi pour Kim Clavel, et elle vit et se bat à Edmonton. Elle s’appelle Jelena Mrdjenovich, elle a 37 ans et elle s’est battue 28 fois pour une ceinture internationale tant à Edmonton qu’en Europe. C’est un phénomène et j’ai eu le plaisir de la voir boxer en avril 2018 au Shaw Convention Centre à Edmonton. J’y étais pour Adam Braidwood, mais la finaliste était Mlle Mrdjenovich.

Et c’était plein. Près de 3000 spectateurs, dont 1700 assis à des tables.

LA PLUS GRANDE ATTRACTION DANS L’OUEST CANADIEN

Melanie Lubovac est la promotrice de boxe à Edmonton. Elle a repris la compagnie de son père et est maintenant la plus importante des promoteurs dans l’Ouest canadien. 

« Et mon actif le plus important pendant les 12 dernières années a été Jelena Mrdjenovich. C’est elle qui est la pierre d’assise de la compagnie. Elle s’est battue 28 fois pour des titres internationaux. En plus, elle vient d’une famille très en vue d’Edmonton, impliquée dans les œuvres de la ville et dans l’hôtellerie. C’est une femme exceptionnelle qui a pavé la voie pour toutes celles qui voudront suivre ses traces », me racontait Mme Lubovac hier après-midi.

Je me demande même si la famille de Jelena n’est pas propriétaire du prestigieux hôtel Château Lacombe, en plein centre-ville d’Edmonton. C’est là qu’elle a livré deux de ses premiers combats professionnels il y a déjà 16 ans.

Vrai que Jelena est la grosse attraction de la boxe depuis 10 ans à Edmonton et en Alberta, mais il faut préciser qu’elle ne suivait pas les traces de Jean Pascal, Lucian Bute, David Lemieux, Eleider Alvarez, Adonis Stevenson, Éric Lucas, Dave et Matthew Hilton, et toute une bande de grands boxeurs excitants qui, en plus, furent champions du monde. Elle était pratiquement seule à occuper le terrain.

ABATTRE LES PRÉJUGÉS

Ce n’est pas le cas de Marie-Ève Dicaire. Non seulement elle doit faire tomber les préjugés sur la boxe féminine, mais en plus, dans son cas, les comparatifs sont cruels. Elle doit convaincre une clientèle qui a eu droit à des combats de championnats du monde contre les plus grands boxeurs au monde de vibrer pour une championne qui n’a pas un seul knock-out à sa fiche.

Mais ces préjugés s’amoindrissent. On va comprendre un jour que la boxe féminine est aussi différente de la boxe masculine que le tennis l’est pour les femmes et les hommes.

C’est moins rapide, moins puissant et moins spectaculaire. Mais Bianca Andreescu contre Serena Williams, c’était quand même un « sacrament de show », dirait Pierre Lambert.

C’est ça qui est ça.

Un conflit d’ego et de générations

Mike Babcock congédié. Kyle Dubas, le jeune homme qui agit comme directeur général des Maple Leafs de Toronto, a fini par avoir le feu vert pour congédier un coach qui va recevoir encore plus de 20 millions $ dans les prochaines années.

Pourtant, je suis convaincu que Babcock a oublié plus de hockey que Dubas va en apprendre dans les vingt prochaines années. Mais dans la vie, quand l’ego empêche un homme ou une femme de reconnaître les points forts d’un supérieur ou d’un collaborateur, ça mène souvent au désastre.

Le boss, c’était Dubas. Et à moyen terme, c’était évident que les propriétaires des Maple Leafs et leur président, Brendan Shanahan, allaient finir par protéger leur jeune génie qu’ils avaient choisi pour relancer leur équipe.

TRANSMISSION DU SAVOIR

Il aurait fallu que Babcock enseigne tout ce qu’il savait à celui qu’il appelait « le kid ». Contribuer à son apprentissage même si ça demande une patience angélique et une bonne dose d’abnégation. C’est comme ça que la transmission du savoir se fait. Sinon, même Scotty Bowman, fort de quatre Coupes Stanley collées, n’a pas été capable de passer par-dessus la tête d’Irving Grundman.

La raison d’entreprise est toujours celle qui prévaut.