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Yannick De Martino, absurde fin finaud

Yannick De Martino, absurde fin finaud
Photo Agence QMI, Steve Madden

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MONTRÉAL | Avec un titre comme Les dalmatiens sont énormes en campagne, on se doutait bien que Yannick De Martino nous emmènerait «ailleurs» dans son premier spectacle solo. Moins flyé que ce qu’on aurait pu croire (ou craindre), le résultat offre un juste dosage entre absurdité pure et humour fin, et convainc totalement.

La rentrée montréalaise de De Martino s’étalait sur trois soirs et se concluait vendredi dans un Club Soda qui affichait complet.

Le cabaret du boulevard Saint-Laurent se prenant rarement au sérieux, le lieu était parfait pour le «stand-up» déjanté du garçon, qui annonce ses couleurs (au propre comme au figuré) d’entrée de jeu, en expliquant pourquoi ses accessoires de scène sont roses. «Je ne suis pas une victime de la masculinité toxique», argue-t-il.

Yannick De Martino, absurde fin finaud
Photo Agence QMI, Steve Madden

Giovanni

Il lui faudra par contre une trentaine de minutes avant de réellement se présenter. «Je suis le gars qui a une femme de ménage, mais de temps en temps, je lui emprunte de l’argent», s’incline-t-il.

Auparavant, on aura appris qu’il vit dans l'arrondissement de Verdun (là où «tout le monde a l’air de n’avoir rien à perdre»), et qu’il considère que Boucar Diouf ne pratique peut-être pas son métier pour les bonnes raisons. À prendre à la légère, évidemment.

Yannick De Martino, absurde fin finaud
Photo Agence QMI, Steve Madden

Sûrement le seul comique qui se permet de déserter la scène pendant son numéro d’ouverture, grâce à un procédé habile de deuxième degré, Yannick De Martino parle d’un peu de tout dans Les dalmatiens sont énormes en campagne.

Parmi ses extraits qui font mouche, on retiendra ce moment où il nous informe avoir paniqué en apprenant qu’il est allergique à la pénicilline («Je me stationnais dans les places pour handicapés!») et quand il discourt sur ses origines italiennes et son deuxième nom, Giovanni. «Moi, c’est vrai! Pas comme l’autre gros porc français qui fouillait dans le frigo!»

Slam et diagrammes

Comme plusieurs de ses collègues, Yannick De Martino se raconte dans ses textes. Son anxiété, sa peur des chiens, la mort, l’intimidation: jusque-là, c’est assez habituel.

Mais l’hurluberlu saupoudre son épice singulièrement absurde sur tous ses sujets. Parfois, c’est juste «con» et «nono». Ses diagrammes sur «le nombre de femmes astronautes avec des tatoos de pattes de chats sur les seins» ou sur «le nombre de participants d’"Un souper presque parfait" sur lesquels [il] voudrait en savoir plus» s’inscrivent dans cette veine. Tout comme la déception qu’il exprime de ne pas pouvoir s’établir dans une «frite maison».

Yannick De Martino, absurde fin finaud
Photo Agence QMI, Steve Madden

Plus tard, c’est carrément inspiré. Les moins attentifs auront peut-être du mal à comprendre instantanément quand il décrète que «dans la vie, il faut foncer, pas pâlir», ou quand il se demande pourquoi, quand il tape le nombre 30 en chiffres romains dans Google, les images qui apparaissent sont à connotation sexuelle. Un extrait de la chanson «Alegria» à la fin d’un gag de poulet grillé? Ridicule, mais il fallait y penser. Son slam où il distingue les verbes «habiter/résider/demeurer» est aussi un bon cru.

On le croit quand il dit adorer les mots. «Les dalmatiens sont énormes en campagne» constitue sans doute un formidable exercice de mémorisation pour l’artiste. Il n’y a pas ici que des anecdotes sagement relatées, mais des crochets sur divers sujets, observés dans la loupe unique de De Martino. Les punchs, on les voit rarement venir.

Yannick De Martino, absurde fin finaud
Photo Agence QMI, Steve Madden

Ce premier spectacle solo avance dans un fil conducteur solide; parfois entortillé comme un fil de vieux téléphone, oui, pas nécessairement hilarant, mais pertinent, intelligent, avec juste ce qu’il faut de «niaiseux» pour lâcher notre fou. On ne s’étonne pas que l’originalité de De Martino lui confère la réussite auprès du jeune public. Et la mise en scène de Philippe Brach, peut-être l’équivalent de Yannick De Martino dans le domaine de la musique, épouse bien son style un brin brouillon, mais parfaitement rodé.

Yannick De Martino poursuivra sa tournée Les dalmatiens sont énormes en campagne l'an prochain et se produira en supplémentaires au Club Soda, à Montréal, les 30 avril et 1er mai 2020.