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Offre sexuelle: des rapaces plus actifs aux Fêtes

Les publicités sur le web pour offrir des services d’escortes augmentent en prévision des partys de bureau

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À l’approche des Fêtes, les proxénètes moussent davantage les services sexuels de leurs victimes sur les sites de petites annonces afin de satisfaire l’appétit grandissant des clients à cette période de l’année.  

«En ce moment, on se rend compte que les partys de bureau commencent. Alcool, perte d’inhibition, on sait que ces soirées peuvent souvent devenir des partys de cul entre gars», remarque l’expert en informatique et ancien policier Paul Laurier.     

«Cette période, c’est un véritable party pour les sites de petites annonces», ajoute-t-il.     

L’ancien policier Paul Laurier peut répertorier les annonces sur les sites d’escortes et voir si les numéros de téléphone sont rattachés à un réseau, grâce à un outil qu’il a créé. Sur l’écran que M. Laurier montre, on constate qu’un seul numéro de téléphone contrôle des dizaines d’offres dans les environs du Grand Montréal.
Photo Valérie Gonthier
L’ancien policier Paul Laurier peut répertorier les annonces sur les sites d’escortes et voir si les numéros de téléphone sont rattachés à un réseau, grâce à un outil qu’il a créé. Sur l’écran que M. Laurier montre, on constate qu’un seul numéro de téléphone contrôle des dizaines d’offres dans les environs du Grand Montréal.

Grâce à un logiciel qu’il a créé, M. Laurier a répertorié le nombre de publicités d’escortes sur deux sites québécois populaires, pour quelques jours.    

Et les résultats l’ont grandement étonné : l’offre sexuelle est présentement semblable à celle durant le Grand Prix de Formule 1 du Canada, un des événements touristiques les plus importants à Montréal.     

«Ça m’a frappé de voir autant d’annonces pour cette période», avoue M. Laurier, président de la firme de sécurité Vigiteck.     

De jeudi à samedi dernier – période durant laquelle l’achalandage des sites de petites annonces de services sexuels est au plus haut –, il a comptabilisé 2985 publicités uniques. 

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Pas si volontaires...  

«Et ça, c’est uniquement sur deux sites, en ciblant la région de Montréal, pour trois jours», s’étonne-t-il, ajoutant que des sites semblables, il en existe des dizaines.     

L’ex-policier s’attend à voir l’offre augmenter encore dans les prochains jours avec la saison des partys de bureau qui se poursuit et les nombreux rassemblements amicaux qui devraient avoir lieu d’ici la fin décembre.    

«Chaque année, on voit qu’il y a une recrudescence à l’approche des Fêtes. Et après, en janvier, ça retombe», note-t-il.    

M. Laurier rappelle que si à la lecture d’une annonce offrant des services sexuels les filles semblent toutes libres et volontaires, la vérité est tout autre.     

En effet, plusieurs numéros de téléphone reviennent constamment, constate-t-il grâce à un outil qu’il a créé permettant d’extraire les coordonnées figurant dans ces publicités. Elles sont probablement publiées par des proxénètes, explique-t-il.    

«Sur ces sites [les deux qui ont été scrutés la fin de semaine dernière], on retrouve entre 70 et 140 annonces reliées à au moins six réseaux majeurs», expose M. Laurier.    

Plusieurs profils  

Sur cette panoplie d’offres, ce sont parfois les mêmes filles qui sont vendues.    

Martin Pelletier.
Intervenant en 
Centre jeunesse
Photo Valérie Gonthier
Martin Pelletier. Intervenant en Centre jeunesse

«On va souvent voir la même fille sur plusieurs profils. Même si un homme cherche une blonde, c’est peut-être une brune qu’on va lui envoyer parce que les filles sont classées dans pleins de catégories différentes, par rapport à leur grosseur de poitrine ou autre», explique Martin Pelletier, intervenant au module fugue, sexo et toxico du Centre Jeunesse de Montréal.    

C’est pourquoi les pimps vont publier cinq, parfois dix annonces sur différents sites pour une même fille. Pour qu’elle rapporte le plus d’argent possible, ça prend un bon roulement de visibilité sur ces sites, ajoute M. Pelletier.     

«Jeunes» populaires  

Par ailleurs, sur les 2985 publicités recensées par Paul Laurier, plus des trois quarts contenaient le mot « jeune ».     

«On sait que c’est ce qui est demandé. Et on sait aussi quand dans ce lot, il y en a des mineures, même si elles ne sont pas affichées ainsi», insiste l’ancien policier.    

«On parle d’exploitation sexuelle intensément depuis des semaines, on a eu une commission parlementaire à ce sujet. Pensez-vous qu’on a réglé le problème ? À voir le nombre d’annonces, c’est sûr que non. Il ne faut pas oublier que s’il y a de l’offre, c’est qu’il y a de la demande», peste-t-il.    

Martin Pelletier rappelle pour sa part que s’il y a une recrudescence de l’offre sexuelle pour la période des Fêtes ou lors d’événements d’envergure comme la Formule 1, l’exploitation sexuelle, «c’est 365 jours par année».    

Il faut s’attaquer à ce genre de sites web, selon des experts  

«Pour répertorier toutes ces annonces, je ne me suis pas cassé le bicycle. Comme ancien flic, je sais qu’avec ce que je viens de trouver, je peux mettre à terre au moins six réseaux de proxénètes avec cette simple preuve technique», insiste le président de la firme de sécurité informatique Vigiteck, Paul Laurier.    

Selon lui, les outils qu’il a conçus permettraient d’arrêter les proxénètes qui affichent des services sexuels. Cela est illégal en vertu de l’article 286,4 du Code criminel.     

Mais aussi, dit-il, de coincer des clients-abuseurs, qui tentent d’acheter le corps d’une jeune femme. Ce qui est bien sûr illégal également, qu’elle soit majeure ou mineure.    

Cesser la violence  

Les corps de police devraient mettre davantage d’énergie à traquer les proxénètes et les clients qui utilisent ces sites d’annonces pour abuser de jeunes femmes, ajoute-t-il.    

«L’idée n’est pas d’éradiquer l’industrie du sexe, mais plutôt d’empêcher ce qu’il peut y avoir en arrière de ces filles, d’arrêter le cycle de contrôle et de violence dans lequel elles se trouvent souvent», insiste M. Laurier.    

«Moi, quand je regarde ces photos explicites publiées sur les sites de petites annonces, je ne vois pas qu’une paire de seins. Je vois la misère humaine en arrière», ajoute-t-il.    

Maria Mourani.
Criminologue
Photo Ben Pelosse
Maria Mourani. Criminologue

Même son de cloche pour la criminologue Maria Mourani, qui est d’avis qu’il est temps de s’attaquer à l’offre et à la demande.     

«C’est illégal faire de la publicité de services sexuels. Pourtant, rien n’est fait, je n’ai jamais entendu parler d’actions contre ceux qui font de la publicité. Qu’est-ce qu’on attend pour appliquer la loi ?» déplore-t-elle.    

Manque de ressources  

Les policiers ont certes un manque de ressources, mais selon Mme Mourani, c’est davantage une question de priorité.     

«Ils ont des choix stratégiques à faire. Pour eux, ce n’est pas une priorité de s’attaquer aux annonces. Je crois que c’est une erreur», avance-t-elle.    

«Je pense qu’il ne faut pas juste s’attaquer aux proxénètes. Il faut aussi s’attaquer à ce qui leur permet de faire de l’argent à ces proxénètes. En ciblant la publicité et les clients, on va vraiment donner un sale coup à cette industrie», insiste la criminologue.     

Au Québec, depuis 2015, 142 dossiers ont été ouverts par le Directeur des poursuites criminelles et pénales pour avoir fait la publicité de services sexuels.     

Des publicités pour le moins explicites  

Sur plusieurs sites internet, les offres sexuelles pullulent dans de petites annonces accompagnées de photos très explicites.   

Capture d'écran

  

Capture d'écran

  

Capture d'écran

  

Capture d'écran