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La religion des minorités

Laurent Sourisseau
Photo d'archives, AFP Laurent Sourisseau

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Avant-hier, Le Devoir a publié une entrevue avec Riss.

Directeur de Charlie Hebdo, caricaturiste et auteur, Riss — de son vrai nom, Laurent Sourisseau — était présent lors de l’attentat islamiste de janvier 2015 qui a coûté la vie à huit de ses amis.

Par chance, il s’en est tiré avec une simple blessure à l’épaule droite.

« UN EMPILEMENT DE REVENDICATIONS »

Dans l’entrevue qu’il a accordée au Devoir à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Une minute quarante-neuf secondes (la durée de l’attentat), Riss s’en est pris à ce qu’on pourrait appeler « la religion des minorités » ou « la religion des droits de la personne ».

« J’ai l’impression qu’on atteint un stade dans la revendication des droits individuels qui mérite réflexion, a-t-il déclaré.

« Jusqu’où peut-on revendiquer des droits pour des catégories d’individus, des minorités, des ultra-minorités ? Où est l’intérêt général dans tout ça ?

« Est-ce qu’une société démocratique doit n’être qu’un empilement de revendications et de singularités ou est-ce qu’il ne faut pas, au contraire, essayer de dégager ce qui est commun ? »

La question est importante, essentielle.

Qu’est-ce qu’une société ? Un assemblage de petits groupes, tous enfermés dans leurs « différences », chacun avec ses revendications, ses griefs, ses doléances, ses récriminations, ses requêtes et ses complaintes, ou est-ce plutôt tout ce qui dépasse, tout ce qui unit ces groupuscules ?

DES GROUPES DANS DES GROUPES

C’est bien beau, la protection des minorités et les droits de la personne.

Mais on assiste depuis quelques années à une expansion infinie de ces droits.

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Comme dit Riss, on ne protège plus seulement les minorités, mais aussi les « ultra-minorités », des groupes qui sont minoritaires au sein même des minorités.

On crée des enclos dans les enclos, des groupes dans les groupes, et des sous-groupes dans les sous-groupes !

Pour utiliser une métaphore horticole, on prend tellement de temps à s’occuper des arbres qu’on en oublie la forêt.

Or, ce qui est bon pour l’arbre en soi n’est peut-être pas bon pour la forêt.

Les écolos ne passent-ils pas leur temps à nous rappeler qu’il faut protéger les écosystèmes ?

Eh bien, une société est un écosystème. On y retrouve des arbres, des étangs, des insectes, des batraciens, des fleurs...

Plein d’éléments différents.

L’important n’est pas de permettre à chaque élément de ce système de tirer la couverture de son bord au maximum. C’est d’atteindre l’harmonie, l’équilibre.

Or, plus ça va, plus on a l’impression que cet équilibre est rompu.

UNE SOCIÉTÉ MORCELÉE

Dans La Sainte Famille, Karl Marx (oui, oui, je cite Marx !) déplorait le fait que l’individu moderne (l’homme des droits de l’homme) agissait comme s’il était séparé du social.

Comme s’il était un univers en soi, « un atome, c’est-à-dire un être sans la moindre relation, se suffisant à lui-même, sans besoins, absolument plein ».

Eh bien, on tend de plus en plus vers cette conception de l’homme.

L’homme, aujourd’hui, n’est plus un citoyen qui appartient à la grande confrérie humaine, non.

Il est membre de plusieurs sous-groupes : telle race, telle religion, telle orientation sexuelle, tel âge...

La société se morcelle, se dissout, se désagrège.

Et de moins en moins de gens pensent à l’intérêt général...

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