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Nigeria: derrière le scandale des «maisons de l’horreur», le fléau de la drogue

Nigeria: derrière le scandale des «maisons de l’horreur», le fléau de la drogue
AFP

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Jagunlabi a sombré dans la drogue il y a dix ans, le jour où sa femme l’a quitté. Depuis qu’il a fait une crise cardiaque, il veut arrêter, mais ne sait pas à qui s’adresser: « Je n’ai pas confiance dans les centres de désintoxication au Nigeria. Ils peuvent te faire n’importe quoi ».

Comme tout le monde dans le pays, cet ancien musicien a récemment découvert dans les journaux l’existence des « maisons de l’horreur », où sont envoyées notamment des personnes psychotiques et/ou dépendantes aux drogues et à l’alcool. 

Ces dernières semaines, des centaines de jeunes gens ont été retrouvés dans des centres religieux aux quatre coins du pays (la plupart étant des « écoles » islamiques ou parfois des Églises évangéliques) attachées, battues, soumises à des traitements inhumains en guise de soins. 

Les traitements traditionnels ou religieux restent les premiers vers lesquels se tournent les familles désemparées. 

« Il y a deux jours, ma mère voulait m’emmener dans un camp de son Église Mountain of Fire pour me soigner... mais je suis trop faible! Une semaine de prières et de jeûne, ça va me tuer », raconte Jagunlabi, sous les arbres du Freedom Park de Lagos, mégalopole infernale et tentaculaire de 20 millions d’habitants.

« J’étais célèbre avant », lâche-t-il, un peu timide. « Je voudrais qu’on puisse me refaire confiance un jour », dit-il à l’AFP, en montrant des articles qui lui étaient consacrés au début des années 2000. « Moi, tout ce dont j’ai besoin, c’est de médicaments et de pouvoir dormir. »

Le président Muhammadu Buhari a déclaré qu’il ne « tolérerait pas l’existence de ces chambres de torture » et a appelé à leur fermeture pure et simple, mais de nombreuses associations, dont l’ONG Human Rights Watch, ont décrié le manque de structures compétentes.

À Kano ou Kaduna, dans le nord du pays, les familles qui avaient envoyé leurs proches dans ces « maisons correctionnelles » fermées par les autorités, ne sont parfois pas revenues les chercher.  

300 psychiatres pour 200 millions d’habitants

« Le Nigeria compte moins de 300 psychiatres pour une population proche de 200 millions d’habitants », note HRW dans un rapport publié mi-novembre. 

Le docteur Ogonnaya Ndupu est l’un d’eux. Après avoir travaillé pendant six ans dans un hôpital psychiatrique public, elle est désormais médecin à LifeCrest, une petite clinique de désintoxication privée de Lekki, quartier de la classe moyenne de Lagos. 

« Il n’y a aucun contrôle des structures de santé mentale », se désole-t-elle. « Même les centres de torture étaient enregistrés comme des centres de traitement! Et les institutions publiques sont dans un état déplorable ». 

Toutefois, la psychiatre est catégorique: « L’abus de drogue est en augmentation au Nigeria. La situation économique est très difficile, les temps sont durs pour tout le monde. »

Et ils le sont particulièrement à Mushin, quartier pauvre et violent de Lagos, où les grammes de crack et les bouteilles de codéine circulent aussi vite que les armes à feu. 

« Cannabis, ecstasy, cocaïne, codéine, tramadol, colorado, K2, bonzaï, arizona, SK... », Lala, un habitant au sourire béat, énumère toutes les drogues que l’on trouve dans le quartier. 

Il est à peine midi. Adolescents, vieillards, jeunes mères, tous, sont déjà totalement assommés par les volutes de fumées de cannabis et l’air brûlant de cette fin de saison des pluies. 

Ils fument pour redescendre des « trips » d’ecstasy ou de tramadol, dans un cycle de défonce sans fin. 

Plus personne ne vient depuis bien longtemps dans ce ghetto de Mushin. Ni la police, ni le gouvernement. 

« Rencontré Jésus »

Personne, sauf le pasteur Keji Hamilton. Il ne quitte jamais sa Bible quand il part en maraude dans le quartier, mais il est convaincu qu’ » il faut être formé pour faire ce boulot, il faut des compétences ».

Ancien musicien du roi de l’afrobeat Fela Kuti, Keji Hamilton a « rencontré Jésus » alors qu’il était avec trois prostituées et qu’il inhalait sa pipe de crack. 

Il a senti une immense douleur dans le thorax, s’est vu mourir et a demandé à Dieu, en qui il n’avait jamais cru, de le sauver.

« En échange, je lui ai promis de passer le reste de ma vie à le servir », raconte le pasteur, casquette sur la tête. 

Keji a donc suivi des formations en psychologie et affaires sociales et a ouvert son propre centre de désintoxication professionnel.

Il est le seul à avoir pu se faire accepter à Mushin, et le seul à ne pas s’être découragé. « Les autres pasteurs disent que je perds mon temps ici. Mais j’ai sorti entre 80 et 120 jeunes de la drogue », se réjouit-il. 

Même s’il ne fait que serrer des mains pendant ses maraudes, il veut être un point de contact pour ceux qui veulent s’en sortir. Qu’ils sachent qu’une solution existe. 

« La drogue c’est devenu le problème N° 1 au Nigeria aujourd’hui », affirme-t-il. « Et le gouvernement ne s’y intéresse pas. »