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Des livreurs recrutés sur Kijiji

Le modèle d’affaires reposerait sur ces travailleurs précaires, selon des experts

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Photo AFP Le recours à la sous-traitance n’a pas empêché Amazon d’annoncer, en début de mois, la création d’un premier centre d’expédition au Québec, dans l’arrondissement Lachine, semblable à celui-ci, au Nevada.

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À l’approche des Fêtes, Amazon fait appel à des sous-traitants qui recrutent en quatrième vitesse leurs livreurs à même les petites annonces, a constaté Le Journal.

« Livreurs Amazon demandés – URGENT Entreprise déjà bien établie dans le domaine à la recherche de chauffeurs sérieux et motivés possédant une grande voiture/VAN pour effectuer la livraison de colis Amazon et autres clients », peut-on lire sur Kijiji.

Au cours des dernières semaines, de nombreuses petites annonces comme celles-ci sont apparues, souvent en mentionnant la livraison de colis « Amazon » en grosses lettres.

Contacté par Le Journal, l’un des auteurs de ces annonces a expliqué qu’il cherchait des livreurs pour remplir un contrat d’Intelcom Express qui serait embauchée par Amazon.

« Vous êtes engagé en tant que travailleur autonome. Moi-même, ce n’est pas Amazon qui me paye, c’est leur sous-traitant Intelcom Express », a-t-il dit, ajoutant que ses livreurs sont payés 1,50 $ par colis.

Or, d’après Benoît Berthelot, journaliste et auteur du livre-enquête Le monde selon Amazon, le géant américain domine le marché en se fiant à ces livreurs bon marché.

« Amazon ne pourrait pas livrer aujourd’hui à tous ses clients sans ces emplois très précaires de livreurs, qui sont des emplois jetables », analyse celui qui a enquêté plus de trois ans sur la multinationale.

Trop pressés pour uriner

Benoît Berthelot raconte qu’en suivant des livreurs dans leur tournée, il a constaté qu’ils étaient souvent trop pressés... pour aller aux toilettes. « Ils font pipi à l’arrière du camion pour ne pas perdre de temps », laisse-t-il tomber.

Pour le professeur titulaire en relations de travail de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Jean-Claude Bernatchez, le recours d’Amazon à des sous-traitants ne tient pas du hasard.

« La multiplication des sous-traitants déresponsabilise le donneur d’ouvrage principal. Vous l’avez ici dans toute sa splendeur ! », ironise-t-il.

Selon lui, gérer des sous-traitants est une façon de ne pas devoir s’occuper des conventions collectives et de la Loi sur les normes du travail (LNT).

Bas de l’échelle

Selon Stéphane Lacroix, porte-parole des Teamsters, dont le syndicat représente plusieurs entreprises de courrier, il y a trois types de livreurs de colis : les gros comme Purolator et UPS, les petits comme Intelcom et les indépendants plus précaires.

« Chez Purolator et UPS, nos livreurs syndiqués peuvent gagner un bon 30 $ l’heure au sommet de l’échelle. Sans parler des heures supplémentaires », explique-t-il. Chez Intelcom, les salaires varient selon le volume et la période de l’année, poursuit-il.

Mais pour la troisième catégorie, c’est le jour et la nuit.

« On a entendu beaucoup d’histoire de livreurs qui lâchent après quelques mois après avoir réalisé qu’ils gagnaient en réalité 10 ou 12 dollars l’heure », conclut-il.

Jointe par Le Journal, Amazon n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue, pas plus qu’Intelcom Express. Les livreurs approchés ont aussi préféré ne pas répondre à nos questions.

Amazon en quelques données 

  • Fondation : 1994
  • PDG : Jeff Bezos 
  • Siège social : Seattle
  • Ventes (2018) : 306 milliards $
  • Employés : 653 300
  • Prix de l'action : 2323 $ 
  • Valorisation : 1444 milliards $

Jeff Bezos 

  • Âge : 55 ans 
  • Fortune : 145 milliards $ 
  • Autres sociétés : The Washington Post (journal) et Blue Origin (espace)