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Le bluff de Legault en immigration

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Le premier ministre François Legault, et le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, lors du bilan de session parlementaire, en juin, dans la capitale nationale.

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En campagne électorale, François Legault a solennellement promis aux Québécois de réduire l’immigration. 

Alors que nous recevons typiquement un peu plus de 50 000 immigrants par an, l’aspirant premier ministre s’engageait à diminuer ce nombre à 40 000. Une énorme baisse de 20 %. En vertu d’une entente spéciale avec Ottawa, le Québec a le droit de sélectionner certains immigrants : les immigrants économiques. Ce sont, pour la plupart, des travailleurs qualifiés, des entrepreneurs et des investisseurs. 

Cible incontrôlée

Cependant, Québec ne contrôle pas complètement la fameuse « cible d’immigration » parce qu’Ottawa en admet aussi beaucoup. 

Le fédéral contrôle les réfugiés et le programme de regroupement familial, qui permet à des immigrants de parrainer des membres de leur famille. On parle d’environ 13 000 immigrants fédéraux par année, si on exclut ceux qui déménagent hors Québec. 

L’économie en otage

Pour tenir sa promesse populiste de réduire l’immigration, Legault avait donc besoin que le gouvernement fédéral abaisse aussi sa propre cible d’immigration pour le Québec. 

Plutôt que de collaborer avec Ottawa, il a exigé de Trudeau qu’il réduise le nombre d’immigrants fédéraux. Ou qu’il transfère de nouveaux pouvoirs à Québec.

François Legault a essentiellement tenté de bluffer Justin Trudeau en prenant l’économie québécoise en otage. Le pari était risqué. 

En cas de refus de la part d’Ottawa, il était très clair que Legault ne pouvait tenir sa promesse qu’en mettant la hache dans nos immigrants économiques. Le bluff a finalement échoué quand Justin Trudeau a refusé de se plier à ce chantage. Legault avait deux choix : revenir sur sa promesse ou s’entêter. 

Hypocrisie

C’est ainsi que, dans les 6 premiers mois de 2019, nous n’avons reçu que 18 313 immigrants « officiels ». C’est moins qu’à l’habitude. 

Mais il y a une nuance, sur laquelle joue le gouvernement Legault. Il s’agit uniquement des immigrants « officiels » qui seront éventuellement admissibles à la résidence permanente.  

Sur le terrain, on voit bien que le projet populiste de la CAQ est un échec. Depuis un an, le nombre d’immigrants temporaires a explosé. 

Dans les six premiers mois de 2019, le nombre de résidents non permanents a augmenté de 34 859 personnes au Québec. D’avril à juin seulement, on en comptait 23 890. Un record trimestriel jamais atteint depuis que les statistiques sont compilées. 

En prendre soin ?

Les résidents non permanents ne sont pas comptabilisés officiellement comme des immigrants parce qu’on les maintient en statut précaire. Mais ils sont bien présents sur notre territoire. 

Parmi eux, on trouve des milliers d’étudiants et des travailleurs détenant des permis de travail temporaire. Bien intégrés, ils étaient auparavant favorisés lors de la demande de résidence permanente. Une procédure à laquelle le gouvernement Legault désire aussi mettre un frein.  

Le premier ministre nous dit qu’on doit recevoir moins d’immigrants, mais en prendre soin. On assiste pourtant à tout le contraire. Si le Québec a besoin de main-d’œuvre, pourquoi ne pas accueillir les nouveaux arrivants par la grande porte ?

♦ Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM