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D’abord maman et grande amoureuse

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Ces dernières années, Andrée Lachapelle avait pris l’habitude de se faire dire qu’elle était « la grande dame du théâtre ».

Depuis vendredi dernier, tous les médias l’ont répété à satiété. Andrée n’est plus là pour l’entendre. C’est difficile de dire si elle appréciait vraiment qu’on la décrive ainsi. Lorsqu’on le faisait, elle arborait une moue gentille ou elle esquissait un sourire un brin embarrassé.

J’ai connu Andrée en mars 1957, grâce à Claude, mon frère jumeau, qui fréquentait alors Thérèse Arbic. Nous étions allés tous les deux à la rencontre de Thérèse, d’Andrée et de Robert Gadouas, qui venaient de terminer la 124e émission du téléroman 14, rue de Galais, diffusé en direct du grand studio de Radio-Canada.

Nous avons pris un repas tardif dans un restaurant du boulevard Dorchester. Robert Gadouas était déjà une vedette. Lui et Marjolaine Hébert étaient devenus les idoles des jeunes avec le feuilleton quotidien Madeleine et Pierre, diffusé à CKAC. Fort de sa renommée, Robert ne s’en faisait pas pour la fin de 14, rue de Galais qu’on venait juste de leur annoncer. Thérèse et Andrée ne partageaient pas la même confiance. 

UN DESTIN FABULEUX

À l’époque, si Andrée avait pu entrevoir les six décennies qui suivraient, elle n’aurait pas craint pour son avenir. Aurait-elle cru le fabuleux destin qui l’attendait ? Je ne crois pas. Elle était pourtant destinée à devenir actrice. Dès l’âge de quatre ans, ses frères et sœurs – elle en avait six – profitaient de sa voix douce pour lui faire réciter des poèmes durant les entractes du théâtre amateur qu’ils présentaient aux voisins. À six ans, on l’inscrivit à des cours de diction.

Ce soir-là, au restaurant, j’ai appris que les deux enfants Gadouas – Patrice et Catherine – avaient l’âge des miens. Du coup, nous avons convenu de nous revoir. Les étés suivants, nous avons habité des maisons voisines dans les Laurentides. L’été de 1958 fut particulièrement heureux. Andrée était enceinte de Nathalie. Sa grossesse, qui se déroulait sous les meilleurs auspices, lui avait fait oublier qu’elle avait perdu une fille en couches. 

En 1963, Andrée prit la décision de se séparer de Robert Gadouas pour se retrouver seule avec ses trois jeunes enfants. Nous étions alors voisins, rue Victoria, à Montréal.

UNE VIE AMOUREUSE INTENSE

Même si elle a trois enfants sur lesquels elle veille avec une bienveillance exemplaire, même si ses engagements de comédienne s’enchaînent avec régularité, Andrée n’en poursuit pas moins une vie amoureuse intense avec le musicien François Cousineau, puis l’acteur Dominique Briand, puis Daniel Desjardins, technicien à la Place des Arts. 

« Je suis une grande amoureuse », me confia-t-elle, alors qu’elle commençait avec André Melançon une aventure qui a duré jusqu’à la mort du cinéaste à l’été 2016.

Avant d’être la « grande dame du théâtre », Andrée fut une mère d’exception et une grande amoureuse. Ces deux derniers rôles, elle les a joués avec autant d’éclat, sinon plus, que tous ceux qu’elle a interprétés au théâtre, à la télévision ou au cinéma.

Andrée restera pour moi une grande femme tout court. Une femme immense qui aura réussi l’exploit rarissime de concilier famille, amour et travail. Comme si c’était la chose la plus simple du monde. 

Note : À la suggestion d’Andrée, il n’y aura aucune cérémonie funèbre.