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Le deuil du 15 novembre

Le deuil du 15 novembre
Photo Agence QMI, TOMA ICZKOVITS

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L’an prochain, lorsque BIXI suspendra ses activités pour l’hiver, puis-je suggérer que les cloches des églises de Montréal sonnent le glas? Parce que pour les utilisateurs de vélo-partage et de trottinettes s’amorce alors une saison de deuil...  

Le printemps, l’été et l’automne dernier, vous me trouviez partout en ville! Avec BIXI additionné d’une ribambelle d’autres services comme JUMP (les vélos électriques rouges), Lime et Bird (les trottinettes), circuler rapidement s’avérait plus facile que jamais, malgré l’omniprésence ridicule des travaux. Quiconque roulait sur ces nouveaux bolides profitait en 2019 des meilleures conditions de transport intra-urbain à Montréal depuis... toujours.    

Ça allait tellement bien que je n’ai pas utilisé l’autobus ou le métro une seule fois en juillet et août. Voilà pourquoi mon deuil du 15 novembre (date traditionnelle du retrait hivernal des BIXI) se révèle si cuisant cette année. Privé des extraordinaires moyens de locomotion dont je disposais pendant la belle saison, je boude. Depuis dix jours, je me terre chez moi.    

Grève du déplacement   

Un fantasme m’habite depuis longtemps lorsque l’hiver revient et tout particulièrement cette année: celui d’une grève personnelle du déplacement. Je me cloître et, comme Séraphin Poudrier, je calcule mes minutes gagnées à ne PAS me retrouver dans le trafic.    

Selon cet idéal, je pose le pied hors de chez moi seulement exceptionnellement. Pour mes emplettes, je me confine dans un rayon d’environ un kilomètre et demi autour de mon modeste logis. Une telle aire à Montréal comporte tout ce dont on peut avoir besoin à distance de marche. Le reste? Ça peut se commander et se faire livrer.   

Casanier Inc.   

En proie à mon deuil du 15 novembre, je mijote de nouvelles manières d’éviter de sortir pour affaires. Une entrevue? Il y a Skype ou le sempiternel téléphone. La semaine dernière, j’ai poussé le culot jusqu’à faire venir devant chez moi l’intervenante d’un reportage pour la prendre en photo (puisqu’elle disposait d’une auto). Pourquoi entend-on si peu parler de «télétravail» de nos jours maintenant que c’est une possibilité largement démocratisée? Il y a dix ans, on nous cassait les oreilles avec la fin du bureau devenu obsolète, les joies d’éviter le trafic et les milliards épargnés collectivement, etc.    

Enfin, bonne nouvelle, la Ville va doter BIXI des moyens de se procurer environ 2250 vélos électriques d’ici trois ans, dont 1000 dès l’an prochain – alléluia! Au fil des ans, le «deuil du 15 novembre» risque donc d’atterrer un nombre de Montréalais toujours plus important.